Par-delà les Cœurs et les Binious
On peut le dire, Jean-Claude est un sex-symbol. En tous cas dans son quartier. Jean-Claude, c’est bien simple, il possède un sex-appeal total, absolu, une capacité de séduction qui dépasse celle de Brad Pitt et du marquis de Sade réunis, c’est le tombeur de ces dames, Jean-Claude, le charmeur du troisième millénaire. Jean-Claude, c’est bien simple, elles sont toutes à lui, en une soirée, il te drague n’importe laquelle : il est beau comme un dieu, il est riche, il a juste ce qu’il faut de conversation, et il est charismatique, Jean-Claude. Une voie suave comme du miel, des yeux d’un bleu si profond qu’on y nagerait dedans, un sourire craquant à la Michel Delpech, une taille bien équilibrée, un corps fort taillé, une peau bronzée à point : Jean-Claude.
Un jour, Jean-Claude allait chasser (il était dans une réserve naturelle à l’enviable réputation : le Macumba Night). Reniflant des proies, il en perçut une bien affriolante : elle était en train de danser, en trémoussant sa paire de fesses rebondies et ses belles miches de la façon la plus provocante. « Ah, en voilà une pour qui c’est la saison des amours ! » qu’il se dit, Jean-Claude. A cet instant, il sait qu’il ne reviendra point bredouille à la maison : quel soulagement. En attendant, n’écoutant que son cœur, il se lance, Jean-Claude, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouve sur la piste. Le bruit est ravageur comme un gniard baryton qui beugle, la lumière est aussi aveuglante qu’un lampadaire blafard en pleine gueule, tout le monde a l’air d’un con, on a l’impression que les fous sont lâchés et que leurs dernières lubies, c’est de danser avec le ridicule d’un sapin secoué par la tempête de 1999 : Jean-Claude est dans son élément. Il s’approche doucement de sa proie innocente, en se fondant dans le paysage : cheveux sous du gel, t-shirt noire qui lui colle à la peau avec des inscriptions brillantes dessus, bluejean déchiré parce que ça fait bien : on dirait le John Travolta du vingt-et-unième siècle ! En voilà une brillante technique de camouflage.
Avec l’intelligence du Renard en cavale, il s’approche d’elle, et lui danse devant ; ah ce Jean-Claude, quelle audace. Elle semble bien le prendre : la première approche est réussie. Ensuite tout va très vite, ils dansent tous les deux, ils s’attirent l’un l’autre, comme deux cons, c’est désespérant. La fille, elle est attirée par son charme incompressible, à Jean-Claude, elle en est toute émoustillée, la donzelle. Jean-Claude s’engouffre dans la brèche, et vas-y qu’il lui caresse les hanches, au tendron, qu’il descend bien bas, elle le suit, la grosse salope, elle le suit !
La proie, naïve et totalement inexpérimentée, n’a pas passé l’émail du filet, elle s’est pris le cul dans le piège. Une fois chez lui, Jean-Claude, sort enfin son fusil, et tire un bon coup : en plein dans le mil ! Voilà qu’elle à la peau percée de part en part, la pauvre fille, devant, derrière, ah quel coup, bon dieu, quel coup ! Alors bien sûr, il a ceux qui disent que la chasse, c’est fait pour les cons. Mais eux ils n’y comprennent rien : c’est par amour de la femme, en fait, tout ça, même si au fond, on ne dirait pas. Pis d’abord, qu’est-ce qu’elle vienne foutre là-dedans, si ce n’est pour se faire tirer, ces catins. Alors, on dira ce qu’on voudra, mais Jean-Claude, il est ambitieux : bientôt, fini la fièvre du samedi soir ! Il veut se mettre à la chasse à cour : c’est quand même infiniment plus subtil de séduire quelqu’un en lui parlant de choses sensées, une coupe de champagne à la main, qu’en se secouant le troufignard devant lui en suant comme un porc….Ah, sacré Jean-Claude !