Etouffé par sa propre connerie !

Publié le par Lukaleo

    Honnêtement non : on ne connait de jeune que celui que l’on a été. Et forcément, on en a honte. Parce qu’on se rend bien compte que quand on était jeune, on était un petit con, ignare et détestable, plein de pustules verdoyantes sur une tronche recouverte de cheveux gras et pelliculeux, comme le dictait la dernière mode. On ne peut tirer de sa jeunesse aucune fierté : on préfère au contraire cacher à autrui son détestable passé de mouton chimérique bien content de suivre bêtement, dans cet horrifiant pas de l’oie faussement révolté, les publicités diverses qu’on nous faisait bouffer à longueurs de journée.

      Felipe Raillard, tout cela, ça ne le concerne pas : « je n’ai jamais été jeune ! » En effet, Felipe Raillard n’a pas eu de jeunesse : « quand j’y pense, c’est un soulagement ! » Allant jusqu’à contredire la magnifique constatation rimbaldienne selon laquelle on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans,  Felipe Raillard était à cet âge-là, d’un sérieux extrême. Il n’avait pas de bouton, pas de vices, n’était ni rebelle ni révolté (ce qui est fort différent), et ne regardai même pas des filles affriolantes sur le minitel. Il ne faisait preuve d’aucune insoumission, d’aucun souffle, d’aucune créativité, d’aucune vigueur, d’aucun renouveau, d’aucune envie de changer le monde. En sommes, il était vieux plus tôt qu’à la normale. Picasso disait bien que la jeunesse n’a pas d’âge, eh ben c’est pareil pour Felipe Raillard, sauf que pour lui, c’est la vieillesse, qui n’a pas d’âge.

      Alors autant Felipe Raillard ne se souvient pas avec honte des médiocres bévues qu’il aura pu commettre dans sa folle et inconsciente jeunesse, autant il n’a rien à raconter à ses copains, qu’ils ne possèdent pas d’ailleurs, puisque ceux-ci se rencontre souvent durant la jeunesse. Felipe Raillard le dit : « Il y’a deux types de jeunes, les brouillons et les esquisses » Les derniers sont en quelques sorte des croquis préparatoires de ce qu’ils seront plus tard. Mais les premiers seront adultes, l’exact inverse de ce qu’ils sont adolescent. En règle générale, le jeune est une feuille de papier : la vie travaille dessus avec une folie totalement libératrice et une inspiration si déjantée qu’on appelle ça la crise d’adolescence, et à moment, elle regarde le résultat. Si ça lui plaît, elle encre le tout, et voilà qu’un adulte, majeur et vacciné, naît. Mais si ça ne lui plaît pas, si elle est aller trop loin dans le burlesque, elle tourne la feuille, et recommence vite fait un dessin sans saveur, qui niera l’original. C’est d’ailleurs ce qui arrive le plus souvent : les adultes renie le jeune qu’ils sont tout au fond d’eux.

        Naturellement, ces basses considérations ne concernent pas Felipe Raillard : la vie a commencée à le dessiner avec de l’encre de chine, mais pas avec un crayon, comme elle le fait d’habitude. Il ne fut jamais ni esquisse ni  brouillon. C’est un cas, le mec. D’ailleurs, un jour qu’il chiait tranquillement chez lui, lui est venu cette idée saugrenue : « pourquoi ne pas peindre le logo des Pink Floyd dans ma chambre ? » Il ne lui manque plus que le platrier....

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Publié dans Nouvelles enivrées

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