Journal d’un détraqué dans la nuit noire
Ô temps jadis, plein d’exhalaisons, qu’en êtes-vous donc devenus ? Avez-vous pris la grande porte, avez-vous pris le périphérique et la rocade Est ? En êtes-vous passé par les ruines spongieuses du monde qui s’en agonise ? Je m’en demande bien fort, mais vous ne m’en répondez point : ô temps jadis, plein d’exhalaisons, en serrez-vous donc mort ? Quelles sont les raisons de ma présence ici et de ma misérable condition de mortel, n’en sauriez-vous pas quelque chose ? Il m’en vient une idée foutrement bonne : vous en raconter mon histoire.
Tout n’en avait pas si mal commencé, en vérité. C’est bien étonnant d’ailleurs, vu la façon dont ça en avait fini. Sur le quai, en clapotent de fiers bateaux bien beaux. Je les en regardai tranquille, quand m’en est venu cette diablerie d’idée saugrenue : en violer une. Le soir, comme ça, en passant, je m’en cachai dans l’ombre d’une niche architectonique bien saillante, en vérité. Et ainsi habilement dissimulé dans l’obsécration aphasique d’un creux au coin d’une rue, je m’en attendais qu’il en passe une. Il en passa certes oui. Mais foutrement point à mon goût, j’en voulais une comme j’en rêvai des nuits suantes : bien belle, avec de longues guibolles bien piquantes, des hanches qui s’en balancent joyeusement, un dos cambré bien élégant, des seins charnus bien plantureux du dehors, et dodus du dedans, un cou fichtrement guilleret, et un visage avec des grands yeux, une grande bouche qui sourit bien comme il s’en faut, et des cheveux qui en défileraient comme en 14 juillet.
Dans ma noirceur, j’en ai attendu longtemps. J’en ai même failli presque m’en endormir. Mais diantre, que je sombrai dans les limbes somnolentes de la nuit quand elle m’en est apparue ! Toute seule, qu’elle s’en trouvait être, et pis, bien chétive, comme m’en fallait une ! Me voilà alors que je me m’en jette sur elle : pas de chichi pour les braves ! La garce : elle en crie, elle en a eu frousse ! Ma voilà que je m’appui contre son dos, bien cambré comme je l’en voulais : je lui en tiens maintenu ici-même ses deux mains débitantes par ma pince droitière, et lui en bouche la bouche avec la gauchère. Ainsi, elle n’en tuera point la musique du silence de ses appels aux secours inopportuns ! Quelle dextérité ! Je lui en remonte langoureusement sa robe, elle s’en débat, elle en pleure : je lui en arrache le reste. Ses deux belles guibolles sont découverts : quelle exultation d’en voir des si longues ! Je les en caresse doucement, elle se brusque. C’est normal, il me semble. Plus j’ne remonte, plus elle s’en énerve, et quand j’en viens à son poster, elle en est prise d’une rage telle qu’elle en devient toute rouge.
Elle s’en débat : elle s’en débarrasse de ma pince gauchère, voilà qu’elle en devient libre, elle s’en relève, et m’en tape d’avec son sac à main : « Va donc, eh ! » que je lui en crie ! Pensez-vous qu’elle m’en écoute, et s’en va en courant, en disparaissant dans la brume au bout du quai, où s’en clapotent les bateaux beaux. Tout n’en avait pourtant pas si mal commencé, en vérité. Je m’en dis que s’en ait bougrement pas simple : d’en violer une ! Mais vous, ô temps jadis, comment faisiez-vous ? Il n’en eut jamais d’incident de ce type, avec vous ? Quel en est donc votre secret ? En aviez-vous une technique particulière, quand vous en veniez me voir dans le soir de ma chambre ? Ô temps jadis, vous saviez bien y faire, et si pour moi, ce n’en était que la première fois, je n’en souffre pas moins de la flétrissure de l’échec, car même pour vous, ô temps jadis, la première fois n’en fut point ratée ! Ô temps jadis, ce que vous en êtes fort ! Ô temps jadis, pleins d’exhalaisons, ce que je vous en veux !