Les Carnets du dictateur, seizièmes préludes
14 de novembre
Mais qu’est-ce que signifiait tout ce capharnaüm qui m’entourait, qui m’enlisait, c’était charmant, mais je ne comprenais pas l’affriolant manège dans lequel on m'emmurait. Des danseuses à moitié nues gigotaient sur une sorte de rock si mes connaissances musicales ne m’ont trahis. Des canons d’acier gris encerclaient l’orchestre qui ne jouait pas. Un vieillard fringant bredouillait un tas d’insanités vocales pour la moitié incompressibles ; « C’est sûrement le cerveau du groupe ! » pensais-je. Une trompette me détourna soudain de ma rêverie, elle retentie, portée par un homme sans âge effroyablement grand. C’est sur ce curieux spectacle que, ce matin, je me réveillais.
Après un bon quart d’heure d’amusement que je contemplais abasourdi depuis mon divan de soie rouge où j’étais nu sous les draps, j’exprimais mon interrogation. Je ne reçus aucune réponse, de même que je ne voyais personne que je connaissais. « Bordel, mais qu’est-ce que c’est que ce cirque ? » Alors, sans trop savoir pourquoi, je devins rouge, pris soudainement d’un sentiment d’angoisse, je transpirais, empestais d’effroi. « Et si ils me demandent de venir danser avec eux ?! » spéculais-je, alors que j’étais nu sous mes draps. « Et ma pudeur, bordel ! »… « Et mon image ! »… « Et ma mère ! Qu’est-ce qu’elle va dire après ! » J’esquissais un sourire teinté de complaisance qui virait au jaune. « Qu’ils se cassent de là, merde ! » Mais, petit à petit, ils se rapprochaient,……….inexorablement.
Le vieillard s’approcha alors, d’un pas fier et réjoui, il foulait le tapis rouge mit précisément sur le sol entaché de ce qui devrait être ma chambre. Sorti de sa poche un anachronisme, un parchemin tout droit sorti des temps papyrusiens de l’aube de l’Histoire. Il y lu des phrases carambouilleuses en villégiature. Je fis quérir un interprète qui buta par ailleurs sur la verve du vieux masqué. « Que veut-il me dire ? »...« Est-ce un message secret, un code à déchiffrer ? » J’aperçus mon pyjama par terre, au coin du lit. Je proposais à mes ôtes d’admirer un peu la beauté des cloisons, saisissant ainsi l’opportunité, et mon pyjama par la même occasion, je l’enfilais n’essuyant pas une certaine difficulté, ma foi fort normal dans ces circonstances d’empressement hâtif. Enhardi par mon succès, notant d’autre part que tout le monde en était encore à contempler les murs de ma chambre, je sortis de ma couche. La foule qui se résumait à une bonne soixantaine d’individus, le remarqua et se retourna vers moi. A peine avaient-il accompli leur geste qu’un vaste rictus envahit la salle. Chacun partait à rire entraînant jusqu’à lui son voisin et cætera. Bientôt, les simples pouffements devinrent des hurlements, ils raillaient narquoisement jusqu’à s’en décrocher la mâchoire. Emportés par leur démence, ils se foutèrent tous à poil, commencèrent à se frapper, puis, ils se pissèrent dessus, crachèrent, s’emportant jusqu’aux pratiques les plus sodomiques et gomorrhéennes qui soient. Je m’aperçus que mon bas de pyjama était à l’envers. « Ils ne rigolent quand même pas pour ça ! » songeais-je alors. Je remettais la chose à l’endroit. Le silence s’installa. Je pris la fuite.
Je suis actuellement derrière la porte (ndlr : blindée) de mes chiottes, des cris proviennent de l’extérieur ; j’entends de la haine, ils se fracassent contre la porte, je tire la chasse pour me rafraîchir la gorge, je ne mange pas, j’attends, j’attends sous un brouhaha machiavélique atroce. La nuit approche, je vais me coucher. Demain je devrais sortir pour manger, on verra. Je ne sais pas où sont mes hommes, ont-ils été tués eux aussi ? Un bruit se fait entendre depuis les chiottes, ça y’est, ils arrivent, je suis fais comme un rat ! « C’est moi, c’est moi ! » beugle-t-elle. Bon dieu, c’est Joseph, je crois ! J’ouvre la cuvette, une main implore mon aide. Je la saisis.