Journal d’un mégalomane en dépression chronique
Je suis qu’une grosse merde. Regarder-le, il est bon à rien, oh l’incapable ! Le miséreux, l’adipeux, le freluquet ! Qu’il aille étouffer dans sa bassesse et son indignité, l’incontinent crétin justement ignoré, qu’il nage dans l’océan des inutiles nimbés d’insuffisance, qu’il coule dans son ignominie, l’abjecte freluquet, là où le maintient son indigence. Je suis l’abjecte, l’indigne, le vil, je ne vaux rien et pas plus, j’atteins des sommets, oui des sommets, des sommets de nullité et de barbarisme, marqué par ma simple existence déshonorante, crime, à elle seule contre l’Humanité tout entière et à sa plus élémentaire dignité. Oh…….désarroi suprême……la honte, l’opprobre, la flétrissure sont sur moi.
La terreur de sortir, de me montrer au gens, de marcher dans la rue, d’exhiber cette avilissante disgrâce humiliante, cet affront imputable, ici se situe ma condition humaine, celle-là qui pullule d'impuissance et de faiblesse. Mes incapacités intellectuelles me plongent dans le désarroi le plus profond, des nausées de dégoûtations imputrescibles viennent m’assassiner de leur inaltérable exécration ; veuillez pardonner ce subit congé pour le moins singulier, je vais vomir plus loin.
Ma vie est une succession d’échecs mortifiants et de fiascos totaux ; l’inutilité de celle-ci se résume à l’ampleur de ma disgrâce sans précédent ; car après tout, qu’ai-je fait ? Qu’ai-je crée ? Qu’ai-je inventé ? Je suis entièrement laid et parfaitement désertique, un simple enfant dépasserait à lui seul et sur tout les plans l’intriguant vulgaire que je suis. Je n’ai pas un rond et véhicule naïvement par les tranchées acerbes de la sénescence reine.
Aujourd’hui maman est venue me voir, elle m’a dit que j’étais très bien et fort sympathique, mais n’est pas sincère ; c’est impossible de l’être devant une telle misère cérébrale et physique, dont la simple évocation m’indispose, me meurtrit, continue de m’écraser dans cette délétère et visqueuse agonie fécale où je patauge pitoyablement.
Brèle, je suis une brèle, ooohhh…….acariâtre brèle, je suis désigné sur l’autel du summum de la défécation bestiale la plus dégradante. Journal, vilipendé, persiflé, bafoué, certes je suis, mais en vérité il n’existe pas de mots suffisamment intenses pour qualifier mon infâme putréfaction. Journal, tu ne mérites pas tant de non-valeur inscrites à jamais sur tes pages souillées par mes intolérables écrits. Non. Tu ne le mérites pas. Non…
Qu'est-ce que je suis bon quand même !