Michel le stérile et François Beaupin

Publié le par Lukaleo

           « Vous m’entendez ?

-         Plait-il ?

-         Je vous demande si vous m’entendez ?

-         Qu’est-ce que vous dites ?

-         Est-ce que vous m’entendez ?

-         Mais enfin qu’est-ce que vous me racontez ?

Depuis plus d’un an déjà, François et son mari Michel, avaient été unis par les droits du mariage. Après un fort beau voyage de noces sur l’île Maurice, qui suivit une période faste d’amour et de plaisirs partagés, le jeune couple, encore en sous l’effet enjoué d’une allégresse sans nom, jugea bon qu’il était enfin temps de fonder une famille. Les premières déceptions ne tardèrent pourtant pas à survenir.  En effet, peu de jours faisant suite à l’annonce antérieure, stupeur au domicile conjugal : Michel est stérile !

           Qu’il était bon le temps où sur les plages obscurcies de soleil et de ciel bleu, François s'étalait sur le sol torride et ensablé d’une crique momentané de bonheur éternel, loin de la satiété urbaine et de l’emmerdement rural, alors que Michel sortait harmonieusement des embruns maritimes d’une mer éveillée, encore mouillé par l’excès de liquide aquatique, et assoiffé par les nombreuses « tasses » âpres et salées qu’il avait ingénument ingurgité, là où quelques minutes plus tôt, François urinait frénétiquement. Mais aujourd’hui, tout est fini, Michel est stérile et François désespéré. Jamais ils leurs sera loisible de dire : « John, viens à table ! » où « Robert, dit bonjour à la dame ! » Non, jamais. Jamais.

           Depuis ce 11 octobre, tout a changé pour le couple jadis prospère et transi de béatitude. Car depuis ce jour, François n’adresse plus la parole à Michel. Lorsqu’il le croise dans un couloir, il fait semblant de ne pas le voir. Lorsqu’il échappe un impromptu gaz sonore, il ne s‘excuse plus. Lorsqu’il s’accouple avec lui dans le lit conjugal, il l’ignore.

           Avec le temps, les corrélations conflictuelles et les intensives relations d’ignorances bipolaires laissèrent place à un radoucissement climatique commun et réciproque. Quoique l’absurdité de cette ère nouvelle ne fût pas sans encourager une certaine connerie adolescento-puérile émergeant d’une sournoiserie rarement atteinte. Si François tentait de renouer le contact, Michel faisait semblant de ne pas comprendre, bien qu’il entendît. De plus, l’usage du vous était à présent de mise. Leurs dialogues étaient fous : « Ca s’est pas réchauffé ces derniers temps ?! » disait le premier, « Pardon ? » répondait l’autre, « Je remarquais nonchalamment que le temps n’était pas au beau fixe. » rétorquait-il ensuite, « Qu’est-ce que vous proférez bordel de merde ? » « Enfin, je vous interdit de dardez de telles insanités orales, enfin ! » « Plait-il ? »

           Une année s’était donc déroulée qu’accompagnait pathétiquement arrogance et effronterie. La souffrance de François n’avait d’égal que la douleur que Michel endurait. Mais sans le savoir, le tourment, le châtiment, la damnation allaient bientôt s’effacer, au profit de la délivrance et du soulageant.

           Cinquante après et autant en durée de vie (peu) commune, François retrouva Michel, mort et étendu sur son lit :

« Vous m’entendez ?

-         Plait-il ?

-         Je vous demande si vous m’entendez ?

-         Qu’est-ce que vous dites ?

-         Est-ce que vous m’entendez ?

-         Mais enfin qu’est-ce que vous me racontez ?

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Publié dans Nouvelles enivrées

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