Les Carnets du dictateur, quatorzièmes préludes
27 de octobre
Ces dernières nouvelles ont été riches en émotion, je me suis marié ! Et puis aussi, j’ai divorcé. C’était la première fois que je demandais une femme en mariage, mais surtout, c’est la première fois qu’une femme me demandait en divorce. Cette histoire partait pourtant d’un bon sentiment, j’eu peur que la défaite de notre armée sois imminente, entraînant ainsi notre chute, et qu’il faille, de ce fait, s’empresser de procéder au fameux rituel instauré par Adolf Hitler le 30 avril 1945.
Si il est vrai que l’examen de la situation n’a pas été véritablement convenable étant donné l’échec qu’il faut bien convenir d’appeler une humiliation, je n’en suis pas tombé moins amoureux de cette femme au demeurant très séduisante. J’ai toujours été ennuyé de partager ma vie ; une terrible impression d’illégitimité me plongeais à chaque fois dans le doute et le remord. Ai-je le droit de m’imposer en quelque sorte d’une manière somme toute, dictatoriale à cette dame, qui certes est consentante, mains ne m’ôte pas de l’idée que rien ne nous avait destinée à cette union amoureuse. Enfin tout est fini à présent, le remord, le doute, on s’en branle.
Hier soir, enhardie par l’alcool, j’ai séduit triomphalement une jeune nymphette fort désirable. Ma délicatesse légendaire et mon humour ravageur se sont radieusement mêlés à une sensibilité rarement atteinte qui me mit dans un état émotif proche de la jouissance cérébrale, et m’encourageas, dans un excès de zèle, à proposer à la jeune fille, un petit tour en avion sous un ciel étoilé tissé en fil de paradis. Elle accepta avec frénésie et m’expliqua que son père était un grand pilote et qu’il s’était d’ailleurs écrasé il y a un an. Puis, elle me soumit l’idée saugrenue de prendre chacun un avion afin de dessiner dans les cieux une parade nuptiale, symbole proéminent de l’amour fou et de la danse mirifique de la splendeur et l’opulence au septième ciel. J’accepta, bien que je n’avais piloté un tel engin aérien qu’une fois dans ma vie et que j’avais d’ailleurs pour l’occasion tapissée le cockpit.
Nous nous survolâmes en même temps que nous survolions la ville illuminée de détonations obuesques et grenadiennes, à l’origine d’une certaine harmonie musicale pour la moins attrayante. Pendant ce temps-là, j'étudiai attentivement chacun des boutons du tableau de bord qui me fascinaient. Alors que nous nous enliassions en loopings arrières et vrilles inversées, une musique divine résonnait à mes oreilles guidant mes faits et gestes dans une logique impalpable de volupté et de légèreté poétique. Soudain, ma belle se présenta face à moi, je manquai défaillir, une peur sans nom me nimba alors, je n’osai changer de trajectoire par peur qu’elle le fasse aussi. Terrifié au paroxysme, j’appuyai hasardeusement sur un bouton rouge sans m’en rendre compte. Une explosion brutale se fit entendre.
Dans un état second de semi conscience, et de léthargie vacillante, je parvins à me poser sans encombre. Je regagnais seul et lucide le bunker sous le ciel rougeâtre, sanglotant, abattu. Soudain, un sentiment de joie incompréhensible naquit en moi, un bonheur unique m’auréolait, je devins alors complètement hilare, car oui, j’étais sain et sauf.