Journal d'un Investigateur en Tête de Gondole
C’est ma femme qui m’a donné une suscription habilement écrite sur un fugace bout de papier que mes gutturaux compères anglophones nomment dans l’absurdité de leur langue post-shakespearienne et non moins haïssable, un « post-it ». Elle écrivait sur la surface plane et jaunâtre de cette apostrophe palpable, que je devais me rendre à l’adresse ci-joint ce samedi après-midi là, pour y faire ce que « j’avais à y faire ». Ainsi donc, je m’y rendais frémissant, avec de l’argent, comme il était spécifié sur son étrange message, et par ailleurs, une longue liste incompréhensible, où défilait comme le flot perpétuel des victimes juives de la seconde guerre mondiale, tout un tas de choses au nom parfois singulier, et qui souvent me faisait marrer.
Dans mon attelage motorisé, j’avançai lentement, et plus je m’approchai de l’adresse indiquée, plus germaient de grands panneaux détestables aux bords des routes sur lesquelles les voitures se multipliaient dangereusement, et d’énormes bâtiment en plastique venaient gâcher la plate campagne rustaude des environs. Je passai dans une vulgaire porte de deux mètres cinquante, et entrai dès lors dans un parking gigantesque, ou des milliers de rejetons illégitimes du toyotisme triomphant luisaient sous un froid soleil, se garaient en respectant à la lettre la loi du plus fort. Moi, je me rangeai, et suivant le foule, prenait une sorte de gros tas de ferraille cubique avec des roulettes, et rentrait dans cet entre fréquenté, ou je fus dès lors habité d’un étonnement qui n’avait d’égale que l’impression alarmé que la beauté voltairienne des lieux me catapultait dans les pupilles.
Dans ces affres de lumières « océan de couleurs » se tenait de quoi nourrir le Bangladesh et une douce musique retentissait dans mes oreilles, comme celle qui éclairait le sourire de gens qui remplissaient leur cadis de tout un tas de trucs différents, avec la joie de ceux qui assouvissent le bonheur retenu depuis fort longtemps ; je distinguai à peine le toit lumineux d’une pièce monumentale qui me semblait s’élever jusqu’au nues. Dans ce flot coloré, entre ces rayons bariolé, je croyais voir comme le trace d’une vison du monde innovatrice, comme la somme harmonieuse d’un artiste inspiré, comme la maquette réduite d’un univers d’où suintait la puissante exubérance de l’opulence généralisé. Dans ce paradis barbouillé, dans cet infini de grandeur consommatrice, se tenait comprimée toute la beauté du monde, toute l’essence de l’humanité. J’en pleurai, je riais, je sentais poindre en moi la douce sensation d’atteindre l’absolu de toutes choses, dans la chaire l’eau, le vin, les mets, les habits, les produits culturels, je déambulai entre les caisses, roulait sur les escalators, monstres géants qui ne font que monter, et je me faisais virer par la sécurité, en ayant le sentiment de m’accomplir en tant qu’homme, subissant de plein fouet, la PLENITUDE DU SAC DE RIZ….