Aux néologismes de l’abrupte

Publié le par Lukaleo

Frédéric Flodefleur vivait au deuxième étage d’un petit appartement, sombre et décrépit, insalubre au plancher grinçant et partiellement fendillé en des ses infimes recoins, qui fascinait de l’extérieur les passants nocturnes profusément attirés par l’enivrement mélancolique de la diffusion lumineuse intérieur. Dans son minable gourbi, Frédéric Flodefleur tentait désespérément de ne pas perdre le sens commun et de subsister malgré les insupportables interrogations posées par l’existence humaine. Alors, durant ces longues nuits hivernales passées à la survie léthargique parfaitement dénuée de la plus vénielle lucidité, l’homme jouissait de l’insignifiance existentielle à laquelle il se confrontait, dans sa filandreuse solitude, stipulation dont il se délectait avec l’intense frénésie d’une frivole jovialité enfouie depuis des siècles dans les cavités tétraplégiques des tréfonds de sa volupté pénétrante.

Frédéric Flodefleur avait voué sa vie à l’exploration de la langue française, de ses arcanes narcissiques, de ses annuités impérissables, de sa beauté légendaire, de sa laideur atypique ; témoignage poignant d’une fascination infinie sur ce qui constitue la plus belle langue du monde, il faut bien le dire. Ainsi, depuis un temps que nous ne comptons plus par tant d’évasives régularités temporelles et d’insaisissables ternissures sempiternelles, Frédéric Flodefleur avait entreprit une œuvre rare d’une intense virtuosité ; il avait pris la charnelle décision de faire la liste des vingt-six mots les plus mirifiques, les plus somptueux, les plus sardanapalesques de notre verbe fastueux, les mots dont la simple évocation propulse l’âme au septième ciel, dans le monde divin où tout n’est que mirobolantes célestes et songes enchantés, sachant que pour chaque lettre commençait un mot par celle-ci.

Fort de cette angélique constatation, Frédéric Flodefleur avait durant bien des automnes, corporellement cherché, sexuellement trouvé, désespérément renoncé, les improbables résolutions dialectiques de son désir viscéral, de sa fixation ontologique, de cette nécessité dont il mourrait. Ainsi, il s’était mis d’accord sur le fait que le plus grand mot, le plus prodigieux, qui débutait par un « A » était sans aucun doute « amour ». De même, « mort » était celui qui coïncidait naturellement au « m ». Cependant, d’abondants cas se soldaient par une profonde incertitude, d’autre part, bien compréhensible. Fallait-il trouvé « xylophone » plus joli que « xénophobe » ? Est-il possible de considérer « kugelhof » plus bouleversant que « kamikaze » ? ou penser que «wagon » est plus intense que « water-polo » ? Un mystère qui reste entier.

En attendant, Frédéric Flodefleur cherche encore et se demande bien si il pourra un jour arborer dignement cette liste à la complexité et l’anicroche accablante qu’il veut pourtant si effrontément établir. Une anxiété que partage sa femme, Monique, d’autre part intimement convaincue qu’« hémorroïde » est plus profond qu’« hélicoptère ».

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Publié dans Nouvelles enivrées

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