Journal d'un homme qui n'arrivait pas à dire ce qu'il voulait dire
Tandis que je marchais dans une profonde solitude et une indépendance non moins prodigieuse, ce portait à ma vue différents types de créatures humaines, toutes plus étranges les unes que les autres, tels que des bandes de jeunes à la recherche du sens de la vie, où de vieillards chapeautés définitivement contrariés de ne pas trouver la Grande Encyclopédie de l’Univers de Sir Arthur Conan Doyle, publié en 1933, dans les plus profonds recoins des librairies les plus anciennes encore ouvertes aux éventuels acquisiteurs de la Grande épopée du Tricot au XIXème, qui progressent dans ces rues impérieuses de carences et de médiocrité, gouffres béants de l’inculture et de l’insanité triomphantes. C’est donc dans ce contexte finement décrit de ma plume experte avec laquelle je dépeins chaque jour, cher journal, chacune de tes pages prestement ornées d’entourloupes dorées qui m’immergent dans les lentes et profondes arabesques fluviatiles d’un océan de rêve et de chimériques songes qui soutiennent à leur horizon l’ombre ambrée d’un voilier inhalant et à la dérive. Toujours est-il que, trêves d’égarement soporifiques et fastidieux qui ne font qu’inonder le lecteur que tu es, pauvre journal où pleure mon cœur et gît mon âme, dans les méandres sournois de putréfactions momifiées intolérablement dépouillées de leurs éparses, grandiloquentes éparses certes délectables de mes propos manichéens, j’en reviens à cette fameuse pérégrination qui traversa une matinée qui s’annonçait peu réjouissante. Car en effet, la veille, je reçus un coup de fil aux alentours des seize heures trente, horaire qui n’est pas sans me raccommoder aux souvenirs passés, et notamment lorsque par un frais matin d’automne, sous les limbes soûlées des protubérantes saillies poétiques de ces racines pénétrantes aux inénarrables chemins effacés dont la grisâtre destinée libertaire et enjolivée vous font apparaître les réfutations dualistes, j’ai, fou de alacrité et d’une liesse éprise, fébrilement esquissé des désirs sexuels à une figure âprement dissimulée sous un masque à l’excitante locution visuelle et d’embruns jouissifs d’une beauté charnelles jamais atteinte, qui m’ont d’ailleurs attirés les foudres d’une horde d’amants vicieusement enrobés dans une graisse musculaire qui m’évoque ces séquelles physiques que mon corps pubescent porte douloureusement en son apocryphe vicissitude. Quoiqu’il en soit, pour en revenir à mon dévalement urbain dans l’observation quasi sociologique de ces gens tropicaux, qui marchent sans même savoir où je vais, ce qui n’est d’autre part pas étranger au fait que je ne le sais pas non plus, cela traduisant, j’en conviens, une illustration hollandienne de la lâcheté par moi-même proféré, je fus soudain la victime, si je puis dire, cher journal, d’un sentiment que je permettrais d’apparenter à une impression, à une émotion, que dis-je. Une émotion qu’il m’eut été dommage de ne jamais connaître, tant les répercussions sur mes allégresses jubilatoires en furent changées. Allégresses naturellement exhalées d’un soupçon végétatif et indolent d’insolubles joies communicatives. Mais pour en revenir à ce qu’il m’est prodigieusement arrivé, en ce jour si mélodieux, bercé par un soleil aux reflets agréablement chaleureux, alors que je déambulaient par traboules interposées, je fus pris brusquement, sans raisons, ma foi, apparentes, tout en sachant que je crois pas en l’existence d’une suprême destinée, à fortiori, d’un divin être créateur, cela n’étant pas en rapport avec le vif intérêt que je porte à l’histoire chrétienne que je compare bien souvent à la ruche mielleuse d’une confrérie d’abeilles dardant venins et poisons, cependant facilement soignés sur l’épiderme par apithérapie ou en tamponnement tout simplement la blessure avec un peu de vinaigre.