Journal d'un amateur de Flûte Enchantée

Publié le par Lukaleo

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Présent par je ne sais quel malheureux concours de circonstances aux dix-huit ans d’une amie qui m’est très chère, et sans qui je ne serai rien aujourd’hui, j’ai vécu hier la danaïde sensation de ne pas être à ma place. Or, c’est bien cette sensation là qui est la pire du monde. Nous étions dans un bar à la très habile décoration, d’une élégance si émérite qu’elle savait noblement ravir les yeux sans pour autant être bassement étiquetée d’un snobisme inopportun, et nous y fêtions la majorité de cette grande amie, qui au passage, se nommait, et se nomme toujours, Mélodie. Chantants bêtement, applaudissant sans cesse, nous célébrions avec félicité la présumée « liberté » qu’apporte la maturité adulte, en consommant moult boissons alcoolisées. La soirée aurait pu être meilleure, mais elle n’en était pas moins très agréable.

         Seulement, Mélodie, grande copine sans laquelle je croupirai encore dans le ruisseau nauséeux d’où elle m’a jadis sortit, prit la ferme décision d’aller dans la boîte de nuit, la « Fuite ». Par je ne  sais quel coup de folie, je décide de suivre Mélodie, à qui je dois tout, dans sa pleine débauche…Ô Mozart, pardonnez le crachat que j’ai iniquement dardé à votre œuvre ! Ô Bach, votre pitié sera-t-elle à la hauteur de ma bacchanale perversion cacophonique ? Ô Beethoven, j’implore à genoux votre indulgence, bien que je ne mérite rien d’autre que des coups de bâtons ! Oh, je me mets la main sur la tête, et à vous trois, géniales réincarnations humaines de la possibilité de la perfection artistique, je demande platement votre pardon ! Car j’ai pêché ! Pénétrant dans le lieu infâme, j’ai sentis au plus profond de ma carcasse rutilante les vibrations d’une musique, qui n’avait de musique que le nom, et, chiant sur des siècles wagnériens d’harmonies brahmsiennes, j’ai dansé !

         Ô Strauss, comme je regrette vos valses ! Ô, Schubert, comme je regrette vos menuets ! Ah, c’est comme un poignard dans le cœur, le simple fait de me voir dans ces lieux plein de fumée, de flash aveuglants, de bruits braillards, de tintamarres tapageurs, de garces dévergondée remuant leur séant comme un pot de mayonnaise pour faire monter la moutarde de leurs camarades masculins, qui chemises ouvertes et cheveux luisant par un excès de néo-brillantine, rient aux éclats en secouant le leur. Pas de discussions possibles (chaque mot compris est un défi lancé aux lois de la contrapuntique), pas de réflexion humainement réalisables (le son est si fort qu’il fait trembler jusqu’à vos veinules viscérales), pas de quiétudes envisageables (vous vous faites constamment marcher sur les pieds par des pouffiasses enfarinées), pas d’amusements concevables, tant les lieux sentent l’excès, au point qu’ils sont la négation même de la fête : ça hurle, ça braille, ça ne s’entend pas, ça ne sait même pas pourquoi ça danse. Mais, au milieu de cette désharmonie généralisée, de ce charivari sociétal, de cette diphonie alcoolisée, de ce vacarme comportemental, de cette dissonance artistique, de ce tintamarre vestimentaire, de ce chahut anti-dionysiaque, de cette cacophonie déprimante, elle était là : Mélodie…!

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Publié dans Journaux intimes

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