Revers au Couronnement

Publié le par Lukaleo

manga.jpg

      Patrick Ballot est un dessinateur de Bande dessinée particulièrement apprécié des bédéphiles, friands qu’ils sont de ses multiples œuvres mythiques, unanimement considéré comme d’absolus chefs-d’œuvre du neuvième art. Son style, sa spécialité, sa particularité, son idée géniale, c’est de faire exprès des histoires ratées, des échecs scénaristiques assez habiles pour provoquer l’hilarité chez son lecteur, des fiascos picturaux suffisamment accablant pour faire brûler la panse des ses liseurs avertis, des naufrages artistiques volontaires qui peuvent être considéré à première vue comme des crachats au visage de la bande dessinée, mais en fait ne font que la sublimer. Pour tous les libraires, tous les spécialistes, tous les amateurs, c’est très clair : il s’agit là du plus pur génie de la BD depuis Hugo Pratt. 

       Bien sûr certains n’aiment pas, trouvent ça honteux, mais ils sont très rares, et la plupart des connaisseurs s’arrachent ses albums : faire exprès de faires des ratages est, pour un dessinateur et un scénariste de talent, quelque chose de difficile, et en l’occurrence, Patrick Ballot le fait à merveille. Le simple fait de lire une de ses pages est inénarrable, tant le scénario est prévisible, que les personnages sont plats, que les situations manquent de piquants et d’inédit et que les gags étouffent dans un grotesque gras et saugrenu. Ses simples dessins sont d’une telle naïveté, d’un tel irréalisme, d’une telle mésintelligence, que les plus acrimonieux de la gondole, les plus renfrognés du derche, les plus aigris des zygomatiques, les culs-serrés, les pisse-froids, les rabat-joies et les ronchons de tous bords se dorlotent tous la radicelle avec frénésie à la simple évocation de ses ouvrages.

        Les collectionneurs s’arrachent ses esquisses, et certains parlent des heures durant de sa création : il fait exprès de se rater pour faire rire ses lecteurs, donc quand il réussit une des ses œuvres, il la rate, vu que pour lui la réussite consiste en un ratage absolu d’un point de vue artistique. Par conséquent, s’il se rate un jour, et que du coup il réussisse une des ses œuvres, ce sera un fiasco. Pourtant, elle sera aussi réussi, vu qu’il l’aura raté. Pourtant, le fait qu’il se rate n’implique pas forcément le fait qu’il réussisse à faire quelque chose de pas raté, au sens, où l’œuvre sera peut-être réussis (puisque raté). Il y a d’ailleurs un clivage entre ceux qui pensent qu’une œuvre raté de Patrick Ballot est raté, et ceux qui disent qu’elle est réussie. Sûrement un peu des deux. Mais ce n’est pas à nous d’en décider, nous touchons là à des choses qui nous dépasse.....

Publicité

Publié dans Nouvelles enivrées

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article