Avec des Palmes !

Publié le par Lukaleo

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        Nul ne le savait, nul ne l’aurait su, et nul ne le voulait. Et pourtant, Juan Close allait courir tous les matins AVEC DES PALMES ! Cela durait depuis des lustres, et dans le village, dès six heures du matin, tout le monde guettait par la fenêtre le passage furtif de celui que l’on surnommait affectueusement, le « cinglé ». Depuis qu’il avait eu quatorze ans, il avait décidé, pour une raison étrange et inconnue, de faire son footing quotidien AVEC DES PALMES ! Cela lui donnait bien sûr une allure plus ou moins ridicule, mais il continuait, et à force, on ne le remarquait même plus : « tiens le cinglé est en train de faire son footing AVEC DES PALMES ! » Bref, c’était presque rentré dans les usages, et finalement, il faisait bien ce qu’il voulait, ce cinglé, tant qu’il était méchant avec personne et qu’il allait à la messe tout les dimanches ! La vie s’écoulait donc sereinement.

        Seulement un jour, un jour, la vieille Bertha, la doyenne du village, arriva dans le bar du village (à la bonne popote) tout émoustillée derrière son déambulateur : « Le cinglé ! Le cinglé ! » Les hommes, fiers et fourbus, lui demandèrent en faisant mine de ne pas être intéressé par ce sujet : « Quoi ? Qu’est-ce qui t’as fait le cinglé, mère-grand ? » La pauvre vieille, reprenant son souffle tremblotant, répondit avec une lueur de terreur dans ses yeux vitreux : « Je l’ai vu courir ce matin… » Là, tous les clients répondirent en cœur : « AVEC DES PALMES ! On sait, mère-grand, on sait ! » Et là, la vieille Bertha, répondit les yeux perdus dans l’innommable fatalité dont elle avait été l’unique spectatrice : « Non, justement non ! Il courait, certes oui, mais pas AVEC DES PALMES ! »

         Tous les hommes se levèrent en la même seconde avec peur et angoisse, surpris qu’ils était de ce que la vieille Bertha venait de leur : « Mère-grand, est-ce que tu es sûr de ce que tu dis bordel ? » La pauvre vieille pleurait, accablée par sa souffrance morale et le crépuscule pesant de son existence. Les hommes l’entourait convulsivement, et elle répondit, brisant le silence plombant qui régnait dans le bar depuis sa fracassante arrivée : « Oui, j’en suis certaine ! Il courait, mais pas AVEC DES PALMES ! » Dans l’instant qui suivit, tous les hommes présents dans le bar se ruèrent en direction de la maison du cinglé, laissant seule la pauvre vieille Bertha, qui, appuyée contre son déambulateur commençait à gémir, comprenant que rien ne serait plus jamais comma avant.

        Ils étaient une quinzaine à courir vers la maison du fou, qui était un peu à l’extérieur du village. Ils se disaient tous avec épouvante que si la vieille Bertha avait raison, alors le cinglé avait perdu le sens commun ! « Le cinglé qui ne court plus AVEC DES PALMES ! Mais c’est impensable ! » On alla prévenir le maire, qui fit aussitôt venir des forces de Police et des autorités sanitaires, qui savaient quoi faire dans ces cas-là. Les hommes du village encerclèrent la maison de Juan Close. La, police arriva, on fit des barrages, des hélicoptères survolaient le périmètre. La télé et la radio matraquaient qu’un homme venait de perdre la raison. Certains villageois faisaient des malaise quand ils apprenait la nouvelle : « Le cinglé est allé faire son footing, mais pas AVEC DES PALMES ?! »

         Toute la nuit, la maison fut gardé. Le lendemain, à 7 heures, chacun la savait, ça allait être le moment : juan Carlos n’allait plus tarder à sortir faire son footing. 7 heures et quart. La porte s’ouvre, c’est lui. Les policiers sortent leurs armes, les hélicoptères se cambrent, les démineurs finissent leurs prières, les villageois voient des larmes d’émotion perler sur leurs visages, les chiens cessent leurs aboiement, les nuages semblent s’arrêter, le curé vient de finir de sanctifier les lieux avec de l’eau bénite et le grand oracle Yousouf N’Gama d’entourer la maison de sel pour faire fuir les mauvais esprits. Le cinglé sort de chez lui : il va courir, mais en effet pas AVEC DES PALMES ! « Mère-grand avait raison ! Le cinglé est devenu fou ! Stoppe-le ! »  hurle-un des hommes !

         En deux, trois mouvements, c’est fait ! L’aliéné est stoppé net par une piqûre analgésique : il dort dans un profond sommeil végétatif. Il sera interné dans l’asile de fou de Fleury-mérogis le 30 octobre prochain. Une fois de plus, un village entier à été sauvé de la folie destructrice de ce cinglé, qui s’apprêtait à aller courir, oui, mais pas, AVEC DES PALMES !

 

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Publié dans Nouvelles enivrées

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