Journal d'un manchot à la dérive

Publié le par Lukaleo

Bon dieu, quelle idée j’ai eu de vouloir me baigner dans cette flotte ! J’aurai du rester sur la plage comme me l’avait dit Françoise ! Ah j’ai fais le con ! Et forcément,  je ne sais pas nager ! Et par dessus el marché, je suis manchot ! Mais quand même, je ne pensais pas partir comme ça au large, c’est fou !

            Maintenant je suis fichu, les secours ne me trouveront plus, ça doit faire au moins trois jours que je fais le con à gesticuler dans tous les sens pour pas couler ! Là, cher journal, je dois bien avouer que la fatigue commence à me gagner sérieusement. Pire, en plus de ne pas avoir de bras, je ne sens plus mes jambes ! Et puis alors j’ai faim….et soif ! (ce qui est un comble dans un océan qui fait cent fois l’Europe !)

            Je suis triste, je pense à tout ce qui se passe, je pense à ce que je suis, je pense à Françoise, qui doit me croire mort, et que j’aimerais serrer dans mes bras jambes (oui bon ça va !) J’aurais envi de gueuler son nom, mais je n’y arrive pas, je suis trop essoufflé. Dire que je l’avais rencontré dans le petit bassin de la piscine municipale de Frigond-les-glands ! Elle avait fait semblant de se noyer pour que quelqu’un la sauve. Parait-il que c’est une technique de drague. Mais faut faire gaffe, quand le corps remonte tout seul à la surface, c’est mauvais signe en principe.

            L’eau est froide, je tremble. Je vois des bateaux au loin mais la terre est nulle part. Je garde espoir. Les secours peuvent encore arriver, c’est certain ! Il y énormément de poissons, la mer est sombre et semble profonde, j’avance peu, il ne me manque que les bras.

            Une larme vient de perler sur mon visage, je songe à ma fille. Elle a trois ans, je l’aime, elle s’appelle Julie. Le soleil tente de se coucher, mes songeries ne sont que cauchemardesques, je perds espoir, mais je ne dois pas renoncer ! Je dois parler, penser à autre chose, évacuer ce poids, ce désespoir, cette peur omniprésente. Chaque heure est un nouveau défi, la nuit va être longue, l’obscurité est totale. Je crois distinguer des ombres, je cherche des lueurs d’espoir.  

            Mon dieu, je viens de distinguer une lumière ! C’est sûrement un phare ! La terre ! Le plancher de vaches ! Françoise ! Julie ! Mon lit ! L’espoir revit bordel. Je suis tout proche du pays. Malgré mon anéantissement, je crois renaître, c’est reparti nom de dieu ! Je suis en pleine for…gloubs……..gloup…….forrrr…..glou…..gloubs……….forrrrrmmmm…..gloub……glouub……mmmme…………………………glou.
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Publié dans Journaux intimes

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