Journal d'une Femme subitement Délaissée
La voie suave et fluette de Jean-Michel Apathie résonnait subitement dans le pièce. Cela me réveilla en sursaut : immonde réveil ! Je voulais réveiller Michel, et encore perdue dans un demi-sommeil vaseux je tentais comme toujours de le secouer avec ma main. Mais sacré non d’un chien, je ne le trouvai pas. Alors, je me sortais la tête du cul, ouvrait les yeux, et je me rendis compte que Michel, il était plus dans le lit ! En trente ans de mariage, c’était bien la première fois qu’il se levait avant le réveil, que je me disait. N’empêche que je me redresse et que je l’appelle : « Alors Michel, t’es où mon petit Michel ? » que je cris de ma voie douce et fluette. Mais Michel, il répondait pas. Pire, il n’était pas là ! Mais alors bon dieu, où est-ce qu’il était passé mon petit Michel ?
Il pouvait pas être partit, c’était son jour de congé, et puis en plus, il m’en aurait parlé hier ! Eh puis il se cache pas, c’est quand même pas son genre à Michel ! Mais enfin, où est-ce qu’il est mon petit Michel ? En chemise de nuit, je sortais dans la froideur brumeuse du dehors, mais il n’était pas dans le jardin. Ben ça alors, où qu’il était donc mon petit Michel ? Jusque là, je ne m’inquiète pas trop. D’ailleurs, je décidai de l’attendre : il allait bien finir par revenir pour midi, ce glouton de petit Michel.
Penses-tu ! A une heure et demi que je l’attendais encore mon petit Michel ! Alors là, je commençai à en avoir plein le cul, et puis surtout, j’en avais marre ! Pis, oh, hein, faut pas déconner, depuis ce matin je les pas vu ! Dieu sait où il se trouve ! Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Ola la, j’appelle Robert, son meilleur ami : « Allô Robert, Michel et pas chez toi ? » Non, qu’il me répond de sa voie douce et fluette. Puis après il me demande pourquoi que je lui demande ça, le bougre. Je lui réponds que je sais pas où il est, mon petit Michel : je me suis réveillé ce matin avec Jean-Michel Apathie (enfin avec sa voie douce et fluette) mais y’avait de petit Michel dans le lit ! Et depuis ce matin, que dalle, pas de nouvelles ! J’en appelle d’autre, personne sait où il est ! J’ai l’idée lumineuse de l’appeler sur son portable (comment n’y avais-je pas penser plus tôt), mais il était encore dans le cuisine ! Michel était injoignable, et de surcroît, introuvable !
Une semaine plus tard, n’ayant toujours pas eu une seule nouvelle de Michel, je décidai de réagir et d’appeler la Police : « C’est pour signaler une disparition » Ils me demandent si c’est mon fils qui a disparu ! Je leur dit que non, et que c’est mon mari Michel qui a disparu. Ils me disent qu’il ne passera pas entre les mailles de leurs filets, et je leurs demande gentiment de ne pas être trop méchant, parce que quand même, mon petit Michel, il est fragile. Deux semaine plus tard, ils me répondent qu’ils ont rien trouvé, qu’il est totalement introuvable mon mari. Y’a un journaliste qui vient me voir le lendemain : il me pose des questions, et je lui dit que je suis triste, que je pris pour mon petit Michel tout les jours, et que je pense très fort à lui. Le lendemain, je suis en première page du journal de la région, et y’a la légende sur ma photo : « Son mari a disparu du jour au lendemain sans rien dire à personne et sans aucune trace » N’empêche que c’était bien ça qui m’arrivait. Ensuite, c’est la télé de la région qui est venue. Il m’ont filmé, et posé les mêmes questions. Puis, ce fut une grande radio qui passait dans tout le pays, mais moi, je pouvais pas la capter, celle-là. Puis ce fut le journal de Jean-Pierre Pernault qui est venue me voir, pis après le maire il m’a décoré pour mon courage de la Légion d’Honneur, parce que j’avais été courageuse d’avoir autant de courage après que mon mari m’est abandonné.
Ca allait faire un an que Michel était partit sans laisser de trace. Je ne savais toujours pas où il était partit. Et je commençai à douter sérieusement de son retour. Je me disais, c’est à cause de moi qu’il est partit, il en avait marre. Pis, après, je me demandai si il avait rencontré une autre femme, parce que tout seul, il pouvait pas s’en sortir. En même temps, je vois pas quelle femme pouvait tomber amoureuse de mon petit Michel (à part moi bien sûr). De toutes façons, c’était pas son genre de me laisser tomber comme ça. Il m’en aurait parle. Alors je noyai mon chagrin en regardant la télé, et là, tout est allé très vite ! Tandis qu’un envoyé spéciale parlai de la Révolution en Birmanie, je l’ai vue passé derrière qui flânait les yeux écarquillés !Miche ! En Birmanie ! Je le dit au Maire qui le dit à ses amis. Deux trois heure plus tard, un médecin vient me voir : « votre mari souffre d’automatisme ambulatoire » qu’il m’a dit. « Si vous préférez votre mari est une fou fugueur : inconsciemment, il peut se lever le matin, et partir à pied. En l’occurrence, en Birmanie »
J’étais heureuse de savoir où était Michel ! Dans un ou deux ans, il sera de retour mon petit Michel ! Mais au fait, où c’est la Birmanie ?