Journal d'un enrhumé du siècle
Je suis émétique. Si je ne m’abuse, et d’après mes décomptes affinés, je suis enrhumé depuis trente ans, huit mois et onze jours. Aujourd’hui, ça continu ; mon nez n’a plus de nez que le nom et se rapproche davantage de la grotte préhistorique que du simple orifice nasal. Ma voix n’en finie pas d’être engourdie et encrassée par la grâce de trois décennies d’intense obstruction et de persistants reniflements. Tout pour moi n’a plus de goût ; les patates, les haricots, les asperges, les pamplemousses, les choux Bruxelles, les artichauts,…..rien ne se révèle au contact de mes papilles pourtant aiguisées.
En éternuant pas moins de cent fois par jours, je nage dans l’harassement et dans la morve. Hier, ma mère, soutient mental indispensable, m’a offert un paquet de mouchoir en papier. Qu'elle soit béni.
Ce matin, je crois que j’ai pris froid. J’ai appelé mon médecin. « Ah bonjour Monsieur Triboulot ! » - je suis son meilleur client – « Je crois que j’ai attrapé froid. » dis-je d’une voix enrouées et au demeurant peu mélodieuse. « Prenez bien du sirop et tout ira mieux ! » « Merci Docteur. » Je fis comme il m’a dit. Sans vouloir critiquer outrageusement l’homme qui me sert de médecin, je dirais toutefois sans condescendance mais en toute objectivité que ce dernier est d’une nullité et d’une incompétence rarement atteinte ; mais pour un petit coup de froid, ça suffit bien.
Je me demande si les rhumes sont mortels. Je connais bien des anciens amis qui sont morts de cancers, de ruptures d’anévrismes ou de vieillesse, mais jamais de rhume. Non, c’est impossible, on ne peut tout de même pas mourir d’un rhume, ça serait trop con ! …….. Oui et puis si on pouvait mourir d’un rhume, ça se saurait, hein ! Un rhume c’est pas dangereux, c’est bien connu, c’est d’une affligeante banalité ………………………et puis de toute façon, on peut bien dire ce qu’on veut, mais………..ça se soigne ! Atchoum !