Des faux de qualité

L’homme sans qualité n’avait aucune qualité sinon celle de ne pas en avoir. Et son seul défaut était bien de n’avoir aucune qualité, ce qui était par ailleurs sa seule et unique qualité. En sa qualité de dévot sans défaut, l’homme sans qualité qui n’avait pour seul défaut que celui de n’avoir aucune qualité avait une certaine vanité : sa seule qualité dans son métier de dévot sans qualité qui travaillait dans le dépôt de l’humanité. Qualité ou défaut, il aimait imiter des faux, falsifier des lots de banalités, et son cas, lité par des pavots attitrés, fascinaient ceux qui avait des qualités, et qui disaient n’avoir pour seul défaut que celui de ne pas en avoir. Mais l’homme sans qualité s’agitait en cogitant : « ma seule qualité est de n’avoir aucun défaut ! Mon seul défaut est de n’avoir aucune qualité ! Où vais-je donc, sans défaut ni qualité ? » L’homme sans qualité ni défaut ne le savait pas mais il allait à Dachau pour y habiter dès l’été. Mais l’homme sans qualité et sans défaut regarda un faux mélo, est se mit à penser : « le fait de ne pas avoir de qualité, c’est un défaut ! Donc j’ai bien un défaut ! » Mais un félon homme en sa qualité de cartographe hoqueta en pédant une fois sur des flots : « Dans le qualitatif certes, mais dans le quantitatif, cela ne te fait qu’un défaut ! » Cette réplique jeta des froids, et l’homme sans défauts ni qualités coqueta une correction, en tombant des nues : « Je veux un gros, des beaux défauts, et s’il le faut, calfeutrer en qualité capotées, je casserai le calice des mes défauts ! » L’autre gars, mité, répondit qu’il n’avait pas le droit de faire ça. On ne sait pas encore comment cela finira-t-il, mais selon les très faibles spécialistes, les chances de survie sont très fiables.