Mozart est gai

Publié le par Lukaleo

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       Au milieu des cœurs aux chants cantiques, des violons et des altos aux crescendos lubriques, s’élevait dans les cimes argentées d’un opéra parisien le cri, doux et amer d’une chanteuse à la voie fébrile et puissante à la fois. C’était comme une lumière puissante et opaque qui sortait d‘une nuit noire et atrabilaire, ainsi que l’aurait fait un éclair lent ou une cascade d‘or en fusion. C’était comme de l’eau pure et légère qui coulait lentement dans une flaque fangeuse de boue noirâtre. C’était comme un rocher, un pic, une montagne qui surgissait de terre en un doux séisme cataclysmique et dont le sommet rejoignait langoureusement les nuages. Ce fut comme si une femme courait nue en exhibant sa peau blanche au milieu d’une foule compact peuplée seulement de chemises noires en uniforme. Ce fut comme un cheveux blond et argenté au milieu de tresses brunes et maussades. C’était comme une brebis noire au milieu d’un troupeau d’agnelles blanches. Un cri long et fort, qui semblait être une corde qu’on tirait des deux extrémités et qui, pourtant ne craquait pas, de plus en plus fine et fragile certes, mais haut-perchée comme les cimes d’un arbre californien. Ce son avait ceci de particulier qu’au milieu de l’orchestre, il n’était rien, seul et perdu entre ces violoncelles énormes, ses lyres monumentales, ses percussions éléphantesques. Et pourtant, isolé et singulier, il dépassait l’armée d’instruments qui lui faisait siège. Minoritaire, on entendait pourtant que lui : cette voie féminine qui montait au ciel, comme les volutes bleues d’un cigare priant les dieux de la nicotine.

        Comment cela se pouvait-il ? Comment tant de beauté était-elle envisageable ? Comment les simples cordes vocale d’une femme solitaire et esseulée au milieu de la scène pouvaient-elles dépasser en intensité les hordes d’ustensiles mélodieux qui l’entouraient, captivant à elles seules toute l’attention bouleversée d’un auditoire qui semblait voir là l’envol majestueux d’un oiseau, et cela avec les yeux fascinés d’un Léonard de Vinci au sommet de sa gloire. C’était si beau, si leste, si brillant, que les quelques spécialistes qui étaient venus à la représentation en avait des frissons d'allégresse, les quelques amateurs d’opéras voyaient sur leurs joues perler des larmes d’émotion, d’autres, amoureux de Mozart, captivaient en cette note vocale feu d’artifice toute l’essence même du compositeur génial. Cela montait si haut qu’on se sentait absorbé vers le paradis avec lui, il semblait que l’air se déplaçait dans la salle, que les cheveux étaient au vent, que les perruques basculaient à l’arrière. Cette seule et unique note, prononcée par cette cantatrice de talent devenait à elle seule une symphonie, qui durait, durait encore et encore, elle n’en finissait plus, elle semblait comme suspendu dans le ciel, et ceux qui la suivait avait la bouche bée, les yeux exorbités, la langue pendouillante dans le vide que formait leur tête baissée par l’admiration et le choc artistique que représentait cette interprétation mémorable et mozartienne. Le chef d’orchestre était absorber, les violonistes ne regardaient plus que la diva, les clarinettistes en avait presque le souffle coupé, tout était arrêter dans le temps, les corps n’était plus que tympan, le cristal se brisait silencieusement de toutes parts. Et le chant sortait de l’opéra lui-même, puis envahissait le quartier, la ville, et ses alentours, en couvrant dans la nuit d’octobre les bruits des hommes bavards et de leurs diverses inventions assourdissantes.

        Pendant des années, on demanda à la cantatrice en question, Maria Wolfgang, comment elle avait fait pour interpréter aussi brillamment un opéra de Mozart Elle ne répondit jamais. Et ne dévoila son secret que le jour de sa mort. Les quelque proches qui étaient là, comprirent la phrase suivante : « enfoncez-vous la pique d’une violoncelle dans le pied en essayant de ne pas hurlez à la mort ! » Ce furent, selon la légende, ses derniers mots.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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