Un jour : Un festin

Publié le par Lukaleo

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      Ce fut le plus beau jour de sa vie. Ce fut cet instant qui changea son destin. Celui où il rencontra celle qui allait devenir quelque minutes plus tard, le femme de sa vie.

      Mais tout n’avait pas si bien commencer. Il été invité à un cocktail mondain mollement organisé par son capitaliste de patron. Les deux hommes se vouaient mutuellement une haine vorace, qui les conduira plus tard à en venir aux mains. Mais alors, bien que se détestant déjà joliment l’un l’autre, la courtoise politesse des frivolités princières auxquelles ils étaient conviés faisaient qu’ils se devaient d’avoir des rapports, aussi civilisés que faussement amicaux. Il arrivait donc avec du retard dans l’appartement chic et récemment rénové, où avait lieu l’apéro dînatoire. C’était comme dans la plupart des hauts-lieux de la bobo attitude parisienne une usine de chaussette désaffectée depuis trente ans qu’on avait fait refaire à neuf pour quelques millionnaires broutilles financières. Dès le départ, l’homme en question fut particulièrement éprouvé par le snobisme ambiant de la centaine guindée d’invités rentiers qui était présente. Mais il discutait avec embarras à l’un des individu aux lunettes rectangulaires qui se trouvaient là. L’altercation raffinée portait sur la Chine. L’interlocuteur de notre héros était enthousiasmé par la montée en puissance de ce pays deux fois millénaire et à la culture si fascinante. Mais notre homme rétorquait distraitement avec une voix sans ton que pour lui, le fait que cette sanglante dictature communiste devienne la troisième puissance du monde ne le réjouissait guère. Cette remarque avait jeté un froid et l’homme avec les lunettes rectangulaires, qui était par ailleurs atteint d’une calvitie gênante et qu’il tentai de dissimuler habilement en se couper l’intégralité de ses quelques cheveux restants, repartit en esquissant un sourire risible, et qui était sensé cacher une incompréhension teintée de désapprobation vipérine.

       Notre héros se retrouvait donc seul, près du buffet, à s’empiffrer comme une bête affamée d’amuse-bouches qui le mettaient plus en appétit qu‘autre chose, tellement ces apéritifs culinaires semblaient être étrangers aux plus élémentaires vertus gastronomiques, sinon bourratives, au moins nutritives. Son patron le regardait avec un sourire narquois qui symbolisait sur son visage habituellement de marbre une profonde satisfaction, qui avait pour source le mépris consubstantiel qu’il associait systématiquement à son employé et tout le mal qu‘il lui souhaitait. Cela dit, c’est là que cet homme en question, et qui semblait si étranger au détestable libertinage intellectuel que représente ces réunions maniérées de jeunes héritiers aux idées gauchisantes, allait vivre le moment le plus important de son existence, jusqu’alors aussi délavée que celle d’un mai-soixante-huitard attardé qui élève des chèvres dans le Larzac. C’est en voulant se saisir d’un apéricube à la framboise et au gingembre d’un geste svelte et harmonieux, que notre homme toucha, non pas la couverture plastique froide et lisse d’un des apéritifs précédemment citées, mais plutôt la peau, rose et douce, d’une femme qu’il regarda dans la seconde qui suivit au plus profond de son regard et qui en quelque éternels instants, devenait celui d’une femme amoureuse.

       Aujourd’hui, Stéphane et Judith élèvent des chèvres dans une région reculée de la Chine rurale et vendent le lait de leurs production à la firme asiatique de la vache qui rit, qui n’est autre que le producteur des apéricubes. une belle histoire qui montre qu'il y a encore des rasions d'y croire.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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