5 - Ses Oreilles

Publié le par Lukaleo

  oreille-grise.jpg

      Je te vois, je te regarde, je t’observe. Tes oreilles surgissent d’entre tes cheveux sus décrits, et l’un comme l’autre forment de concerts des pavillons ovalaires. C’est étonnamment beau à première vue, et particulièrement laid si on s’y concentre bien. Que vois-je après tout sinon des circonvolutions arrondies et des volutes de chaire qui s’entrelacent rondement comme celles qui naissent d‘un feu presque moribond ? Ce sont des torsades arabesques de peau fripée en des virages spiraux qui forment un tourbillon auriculaire, ce sont des colimaçons elliptiques en forme d’hélice qui dessinent sur les extrémités de ton crâne comme l’ovale d’une nuage près à exploser en un orage foudroyant, et bruyant, ce sont des sphères de chaire arquées qui s‘enlacent rondement en cette table circulaire qu’est ton oreille, ce sont des planète réfléchies par l’eau qui dessinent sur le disque reflet les complexes annexes convexes qui amplifie les sons.

      En haut de ce membre si particulier, je vois une sorte de grand virage, comme ceux des circuits de bobsleigh, comme un papyrus rose qui se plierait sur lui-même, victime sans défense des outrages du temps, comme une plaque tectonique renversée et tordue par un séisme inattendu, comme une tôle de ferraille froissée. C’est comme une œuvre picturale baroque et rococo, comme la carte alambiquée d’un monde imaginaire à la Tolkien, où les désert et les sables mouvants se confondent à des chaînes de montagnes, cordillères auriculaires. On dirait comme les voûtées traces écumeuses que laissent le mouvement perpétuel de la mer sur la plage de sable et de galet. J’aimerai être un homme minuscule pour me perdre dans ce labyrinthe sans issu, où la cire s’accumule. J’aimerai glisser en des roulé-boulés rondement bien menés dans les pentes escarpées, les montées abruptes et les descentes palpitantes de tes oreilles qui seraient alors mon terrain de jeu pour ma planche à roulette .

      Je veillerai à ne pas ma faire aspirer par le siphon central qui aspire les sons comme un entonnoir fatal, dans ce trou, sobre et sombre, fermé par un tympan invisible, et où se perdent les fausses notes immondes comme dans des crevasses profondes. Je voudrai me coucher comme dans une molle motte de foin dans ce lobule, épais et lourd comme un pavé littéraire. Mais de tout cela je ne peux rien, et je me contenterai donc de lancer dans les cieux, un cri d’espoir, qui dans une note symphonique amoureuse, parviendra jusqu’à ton oreille gracieuse, qui déchiffrera, je l’espère, ce discordant phonème : Je t’aime.

Publicité

Publié dans Suite of this

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
très joli...mais on peut faire autre chose avec les oreilles ;-)
Répondre