Les Carnets du dictateur, septièmes préludes
21 de août
Aujourd’hui, j’ai pris la décision formelle, despotique et irréversible de sortir de mon bunker afin de ne point y croupir davantage. Comme j’avais quelques courses à faire, je projetais de profiter de l’escapade furtive que je venais de m’accorder ; et, autant ne pas laisser de doute ou un quelconque suspens sur ce point, je le fis.
A peine m’étais-je débarrassé de la porte blindée de cette prison qui me sert d’habitat et qui n’est d’ailleurs point s’en rappeler ces vulgaires logis, ces murailles d’ignominies que son ces bâtiments de banlieue dont l’esthétique n’a rien à envier au résultat de la dernière liposuccion de Madame de Rothschild, que je salue d’autre part. A peine m’étais-je donc débarrassé de cette porte blindée qui ne m’inspire que le prosaïsme et la platitude, je rencontrais un jeune couple qui gambadait au travers de la brousse citadine, c'est-à-dire, à travers les platanes recouvert de défécation canines et d’urées d’impudiques dont la simple évocation me donne envie de pisser. A peine sortie du bunker, disais-je donc, que j’apercevais ce couple qui gambadait. La jeune femme, qui avait cru me reconnaître, s’approcha de moi. « Vous ne seriez pas dictateur par hasard ? » me dit-elle d’un air séduisant. Je lui souri sans rien dire. Perspicace, elle enchaînait : « J’adore ce que vous faites, vous savez. » « Vous signez des autographes ? » complétait-t-elle. Elle me donna un morceau de papier et un stylo. Je m’appliquais de lui dessiner une belle croix gammée. « Merci ! » et elle s’en alla gambader à travers les platanes avec son fiancé qui me fit signe.
Après ces péripéties dans lesquelles s’incarne le summum de la frénésie humaine, ma horde –une flopé de stériles arriérés sans vergogne pratiquant le lècheculisme au péril de mon rectum - et moi, arrivâmes devant l’antre sensuelle d’une entrée de grande surface alléchante. La figure dissimulée derrière un masque représentant un illustre plénipotentiaire, je naviguais allégrement dans les rayons démesurés de mes besoins infinis, anonyme.
Je m’affairais au choix de mes pâtes que je choisissais creuses mais vites cuites parce qu’après faut attendre un quart d’heure devant la casserole et pis après on s’endort, alors hein. Je pris un peu de riz –le moins cher car je le vomis à chaque fois- des tripes, des boyaux et des intestins grêles –pas mauvais en salade avec un peu de curry.-
Durant mes pérégrinations d’acquisitions, j’en profitais pour faire mes achats scolaires. Je choisis un stylo encre, des effaceurs et des crayons à papier et des gommes, aussi, pour gommer. Ensuite, j’ai pris trois cahiers et un classeur, comme la maîtresse l’avait demandé.
Nous rentrâmes en fin d’après-midi ; je fis une réussite puis une partie d’échec avec un hurluberlu sans espoir, et m’en allait préparer mes pâtes, oui mais des Panzani, que je dégustais au gré de l’Etude 3 Opus 10 de ce cher Chopin. Je finissais ma journée devant un reportage sur l’accouplement chez les chauves-souris, j’en ressortais grandi.