4 - Ses Cheveux

Publié le par Lukaleo

cheveux.jpg     Je te vois, je te regarde, je t’observe. Tes cheveux, comme tissés en fils de paradis, ondulent tels des gerbes de blé à la fin de l’été sur les formes arrondies du bas de ton crâne, de ton cou, et sur le sommet bedonnés de tes épaules ballonnées. Ils semblent être les ailes d’un oiseau qui se bat contre le vent, mais qui est emporté par lui, ce sont des vagues de haute mer, qui dans le calme chagrin d’avant la tempête, couvrent les premiers souffles des prémices tsunamiques. Tes cheveux, bruns comme un café mexicain qu’on renverse sur du carrelage blanc, châtains comme le tronc dégoulinant d’un arbre centenaire, sombres à la façon des ultimes années d’Alexandre le Grand, luisent tels la voie lactée dans la nuit noire. Ce sont des rayons de soleil qui percent les nuages et qui s’écrasent violemment sur la terre des hommes, ce sont les lubriques reflets obliques de la lumière de la Lune sous l’eau pure d’un étang bleuté.

      Aussi longs qu’un discours de Richelieu, ils ne sont pas franchement coiffés, et parviennent dans un paradoxe capillaire que Demis Roussos lui-même ne possédait pas, à être tout aussi lisses qu’une herbe fraîchement coupée autour du château de Versailles tout en possédant l’éclat bordélique qui donne au choses l’imperfection nécessaire à la beauté. Aucun coiffeur au monde sinon la nature ne peuvent rendre des cheveux aussi joliment arrangés, c’est-à-dire pas du tout : les seules mains expertes qui les touchent pour en changer la forme sont celles du vent. Il n’y a pas sur eux le moindre artifices, c’est du crin à l’état pure, c’est de la toison à l’ancienne : pas de produits chimiques destinés à altérer leurs couleurs ou leur disposition ne vient troubler la création, patiente et subtil de Dame nature sur ta sainte coiffe.

     Oh, comme j’ai envie de me jeter dans cette jungle épaisse, dans cet imbroglio inextricable, de plonger mes mains dans cet océan brun de cheveux fins, et d’en sentir le parfum. Ô comme je désire sentir ses tresses, ses chignons, ses nattes et ses couette sur la peau de mon visage, moi qui suit voué comme à la mort à la venue prochaine d’une calvitie qui défigurera mon visage de porcelaine. Tes cheveux m’enlaceront-ils en sentant que, à eux comme à celle qui les portent, j’envoie ce messages, certes un peu tiré par les cheveux : je t’aime.

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