Journal d'un esprit vaguement dérangé
Nous sommes le 30 septembre 1888, et je crois, cher journal, que je me souviendrai longtemps de ce jour. C’est durant cette nuit là, et cela pour la quatrième fois de mon existence, que je sortais dans les rues brumeuses de Whitechapel, habillé de mon costume deux pièces noir, de mon haut-de-forme noir, de ma longue cape noire, le tout armé de ma sacoche noire, au précieux contenu. Tapis dans l’ombre, caché dans le brouillard nocturne, je m’approche d’une de ces prostitué qui peuplent ces lieux sordides, mon terrain de chasse. Je lui demande le prix puis son nom : « Kate Kelly » me répond-elle. Je l’emmène dans un jardin public, Mitre Square, qu’il s’appelait.
Dès lors, étant à l’abri de tous les regards, j’ouvre avec mon habilité habituelle ma sacoche, sort mon énorme couteau, et lui tranche violemment la gorge. Je me souviendrai toujours de l’immense giclée de sang chaud que ce coup provoqua : ce fut comme une traîné de galaxie, comme la trace que laisse derrière elle une étoile filante. Mais la prostitué vivait encore. Cette simple pensée me rempli de plaisir jubilatoire. Elle m’a vu, lui déchirant le ventre comme à un cochon à l’étalage, elle a vu sortir ses entrailles fangeuses de sa panse écartelée, elle a senti au plus profond de sa pulpe ma main rentrer pour se saisir avec violence de ses funestes tripes fétides et dégoulinantes d’un jus puant pour les poser délicatement sur son épaule droite, elle me vit lui extirper de sa bedaine entaillée le foie que je lui ai coupé ensuite devant les yeux.
Puis, je ne sais si elle était encore vivante ou morte, mais je lui ai arrachées les reins avec une rage que je ne soupçonnai pas encore enfoui en moi-même, puis, j’ai supprimé en cette putain dévergondée des bas-fonds londoniens, les derniers restes d’une pudeur funeste : lui déracinant les habits, la culotte et les sous-vêtements, je lui déchire pour toujours les parties génitales, lui arrache avec les dents son utérus nauséabond que je démantibule devant ses yeux morbides et douloureux, avec une coït macabre qui me laisse des frissons. Partout, le sang jaillissait, je sentait autour de moi gronder mon œuvre mortuaire, comme une fontaine, comme un volcan en éruption que j’aurai moi-même allumé !
Ensuite, constatant avec bonheur le silence des lieux, je m’attaquai au visage, avec un excès de violence qui me laissai pantois moi-même sur le moment : je finissais de lui entailler la gorge, comme pour la décapiter, alors je sentais sur mes doigts humectés la chaleur bouleversante de son sang, qui fumait dans l’air froid, puis avec mon couteau, je lui brisait le crâne, dessinant la forme limpide et sévère d’un V sur son visage lugubre, en veillant à ce que le veines, les nerfs et les concavités les plus dérisoires soit détruites, je désirais en lui coupant le nez et l’oreille gauche lui enlever la plus infime des beauté, supprimer pour l’éternité des temps tout ce qu’il y avait de féminin en elle.
Je ne sais pas pourquoi j’eus avec elle tant de colère, je ne sais pourquoi je m’acharnai sur ce cadavre avec tant de bestialité, peut-être parce que je n’eus pas le temps de finir mon travail avec ma victime précédente. Toujours est-il que dans la nuit limpide, sous l’égide protectrice de cette lune bienfaitrice, je rentrai chez moi. J’avais très fin, c’est certain, alors je me préparai une bonne entrecôte ; mais je ne pouvais pas la manger : elle baignait dans le sang, c’était vraiment pas ragoûtant.