Journal d'un croyant naïf

Publié le par Lukaleo

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Aujourd’hui, j’ai cru prier Sainte Marie, comme tout les jours que Dieu fait, lorsque je me suis heurté à un problème dont je n’avais point envisagé la probabilité. Tandis que je m’agenouillais auprès de ma table de nuit comme à l’accoutumée, je fus pétrifié de stupeur et terrassé de constater que mes prières semblaient ne point trouver de récepteur, ce qui est bien peu commode, vous en conviendrez. Immédiatement venais se cloîtrer au plus profond de ma concavité encéphalique les interrogations que me décochaient, au summum de la fourberie et au paroxysme de la perfidie, Sodome et Gomorrhe, suppôts de Satan ! N’avais-je plus la foi ? Etait-ce une épreuve que m’envoyait Dieu ? Je décidais donc de réagir : j’allais frapper à la porte de mon voisin de palier. « Elle marche la prière chez vous ? » demandais-je avec alarme. « Elle ne marche pas non plus chez vous ! » me répondit-il.

Toute la ville semblait touché par l’épidémie. Je réussis même à me convaincre qu’il s’agissait d’une coupure mondiale lorsque je parvins à joindre mon demi-frère, Hubert-Philippe, qui habite dans le nord de l’Australie selon ma belle-mère, et qui était confronté à un semblable problème : il n’arrivais pas à joindre Saint Matthieu. Mais je n’avais, à cet instant, pas encore songé à ce que je m’apprêtais à faire après la fin de cette phrase. Me vint soudain, comme une illumination ! Je me suis empressé, dans ma folle léthargie, de parcourir les quelques mètres qui séparaient mon humble demeure, de celle de Dieu. Lorsque je pénétrais dans le saint édifice, je venais d’apercevoir deux voitures de secours qui ne m’inspiraient guère confiance. Alors, je fus confronté à une vision qui me paralysait sur le champ : le curée était là, flasque et amolli, il se balançait dans un grincement tendu, le cou attaché à une corde qu’il venait de choisir pour mettre fin à ses jours.

Suite à l’épisode auquel je venais d’assister, nimbé par le dégoût et l’humiliation, je décidais, ni une ni deux, de me convertir à l’Islam. Quelle ne fut pas ma surprise que de constater que Allah, comme Mohamet, était aussi réceptifs qu’un sourd et un mort. Je me calmais, je m’appuyais sur le dossier de ma chaise, je méditais, je décidais de faire le point.

En réalité, je ne sus que faire. Déconcerté, je retentais pourtant une nouvelle prière. L’échec fut total. Je décidais donc de porter plainte. On me dit que la police était déjà sur le coup et qu’elle avait reçu nombre de semblables témoignages. Hélas, je ne pouvais accepter la situation et refusais la résignation. Il était 15 heures 21, et je n’avais toujours pas fait mes trente-six prières quotidiennes. Souffrant de ma curiosité, de mon exigence et sans doute de mon inquiétude, je me reconverti alors au catholicisme et me suicida.

A 16 heures pile j’arrivais au paradis. Parmi la foule qui attendait, je remarquais la présence de mon regretté curé qui d’ailleurs ne me vit point. Enfin, abasourdi, je distinguais sur la porte d’entrée : « Fermeture pour inventaire »

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Publié dans Journaux intimes

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