La dernière valse des cancres hyppophagiques
A sa femme, Hubert Sylfifon aime parler. D’ailleurs, le soir, lorsqu’il rentre chez lui après une longue journée de labeur à l’usine de fabrication de papier hygiénique à l’usage des manchots et des culs-de-jatte, Hubert dit bonjour à sa femme. Souvent, Hubert va s’prendre une p’tite douche, « oh ben ça rafraîchit toujours hé » s’avance-t-il à dire « après une bonne journée d’labeur hein ! » aime-t-il rajouter « à l’usine de fabrication de papier hygiénique à l’usage des manchots et des culs-de-jatte hein ! » finit-il par dire.
Après sa bonne p’tite douche, Hubert s’empresse vite d’aller parler à sa femme, car il aime bien lui parler. « Qu’est-ce que t’as préparé de bon c’soir ? » demande-t-il, ce à quoi sa compagne répond toujours : « Des patates ! », « Encore ! » rétorque-t-il. « Oh bah si t’es pas content, eh l’aut, hé, si il est pas content, l’aut’, il a qu’à s’la faire sa bouffe, l’aut’ eh ! » « Non mais c’est pas ça, mais tu sais bien que j’aime bien te parler, hein, tu l’sais bien ça, que j’aime bien te parler. »
Un jour, Hubert Sylfifon rentra du boulot sans rien dire. Sa femme, Samantha eut, pour ainsi dire, la puce à l’oreille. « Tu dis rien aujourd’hui ? » « Tu parles plus, t’en a trouvé une autre hein, c’est ça ? ». Mais là encore, Hubert ne répondit rien. « Oh, qu’il est pas dans son assiette, qu’ça m’étonnerait pas, tiens. » « T’es pas dans ton assiette, hein, c’est ça ? ». Le silence qui s’en suivit ne su parler à Samantha d’une quelconque façon. « Bon j’vais te l’bouger l’aut, qui va pas savoir qu’est-ce qui’s’passe tiens. »
Lorsque Samantha pénétra dans la salle de bain, où son mari était sensé s’prendre une bonne p’tite douche après une longue journée de labeur à l’usine de fabrication de papier hygiénique à l’usage des manchots et des culs-de-jatte, elle le trouva étendu par terre, à moitié mort, ou à moitié vivant (pour les plus optimistes d’entre vous). «Mon dieu ! » hurlait d’effroi la bonne femme à moitié consciente. « Hubert, parle-moi, Hubert, dis-moi quelque chose, je crois que je vais faire un malaise si tu me dis rien, tu entends, UN MALAISE ! » gémissait-elle à son mari agonisant. « Tu sais très bien que je ne supporte pas ça, les malaises, Hubert ! Tu l’sais bien ça ! » Hélas, Hubert Sylfifon était déjà mort depuis longtemps, ou plus vivant (pour les plus optimistes d’entre vous). Mais, dans sa chute, il avait adressé trois mots à sa femme, ses trois derniers : « Saute vite par la fenêtre, je ne pourrais pas vivre sans te parler ! »