Journal d'un sûr de lui sans vergogne

Publié le par Lukaleo

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     Ah quelle journée ! C’est certainement l’un des jours de ma vie où j’ai été le plus brillant, j’en ai l’intime conviction ! Tiens, cher journal, ce matin, déjà, à peine levé, je décidai de prendre une douche, car je sentais aussi mauvais que le camp d’Auschwitz en Août 1944. Comme tous les matins du monde, je rentre dans la salle de bain, et commence à faire couler l’eau. Eh ben là, cher journal, tu me crois, tu me crois pas : je n’ai même pas vérifier la température de la flotte que je me l’a fait couler sur le corps, avec l’intime conviction qu’elle n’était ni trop chaude, ni trop froide. Il s’avéra que j’avais tort, l’eau était à cinquante degré.

      Pris d’atroces convulsions, je n’en menai pas large, et sortant pour aller au travail, j’arrivai vers ma voiture. En retard, je ne prenais pas le temps de vérifier si j’étais bien au point mort : j’en avais l’intime conviction. Je m’étais le contact, la voiture fit une sorte de soubresaut en avant, et percuta le cul de la voiture d‘en face. Merde ! Le levier de vitesse était en première ! Je n’en menais pas large. Je sortais de ma place, m’engageai, et arrivai devant un stop. Il était sept heure du matin, un dimanche, dans unes des rues les moins fréquentés du quartier le plus désaffectées de la ville la moins peuplé du Cantal : je pouvais griller le stop sans craindre de gêner personne : j’en avais l’intime conviction.

      Accélérant, je failli percuter une Renault qui arrivai à toute allure, qui m’évita que de peu, puis qui m’insulta en klaxonnant très fort. Je n’en menais pas large. En arrivant au travail, j’avais l’intime conviction de ne pas être particulièrement en retard, et je prenais donc mon temps : en fait, tout le monde m’attendais depuis dix minutes avec des yeux aussi furibonds que le neuvième de Beethoven. Je n’en menais pas large, c‘et le moins que l‘on puisse.

       Je procédai alors à mon travail, et me trouvait à un moment donné devant un problème dont la résolution me semblait aussi cornélienne que les pièces de Corneille, ce qui est par ailleurs tout à fait logique, voir cartésien. Je me renseignais alors à un individu dont j’avais l’intime conviction qu’il pouvait répondre à ma question : « Ah mais moi, j’ai rien à voir là dedans, je suis juste un spectateur ! » Les gens se mirent à rire de moi comme des enfants. Je n’en menais pas large.

      Il arrivait un moment où je devais poser une question à un avocat, et assis sur mon bureau lui-même pompeusement poser sur une estrade, je soulevai sans le regarder un amas de papier en l’air pour que tout le monde puisse le voir, en ayant l’intime conviction qu’il s’agissait du dossier de l’accusé. A nouveau les gens se regardèrent, j’avais pris non pas le dossier de l’accusé, mais bien le journal l’Humanité, auquel mon père m’avait abonné l’année dernière. Certaine personnes quittèrent la salle. Je n’en menais pas large.

      Une demi-heure d’ennui plus tard, les autres jurées et moi-même, devions nous isoler dans une pièce pour décider de la condamnation de l’accusé. Je plaidais avec toute ma verve et mon ardeur pour la peine capitale : la mort. Les autres étaient contre mais je fini par les persuader : il était coupable, j’en avais l’intime conviction.

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Publié dans Journaux intimes

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