Les Carnets du dictateur, quatrièmes préludes
7 de août
Encore une journée de merde passée dans le petit coin du bunker (voici une phrase bien sentie tiens !). D’ailleurs, depuis quelques jours je me sentais plus très bien. Il y a trois jours, je croyais avoir fait une indigestion, puis avant-hier je pensais à une intoxication et alors hier, je songeais plus que jamais à un empoisonnement. Si aujourd’hui je ne saurais toujours pas dire ce qu’il en fut, il est évident que le problème s’est réglé là où je passe mes journées de merde.
Mais alors qu’est-ce que c’est énervant de vivre dans ce bunker, tout les jours comme ça, sans fenêtre ni lumière du jour ; tout n’est que dégoût et répugnance, même d’aller aux chiottes est une corvée, ou plutôt une mission ! Déjà l’accès ressemble à une porte de réfrigérateur (sans congélateur mais avec un distributeur d’eau et de glaçon, ce qui est par ailleurs bien pratique). Une fois devant, il faut placer son auriculaire droit sur une sorte de plaque noire qui est en réalité un détecteur d’empreinte digitale (d’après ce qu’on m’a dit). Une sorte de voix robotique vous adresse ensuite une parole qui vous en couperait l’envie tellement elle est froide et dure (je parle de la parole). « Détection réussie...bienvenue sur les autoroutes du sud de la France…bip » déglutit la chose sans même m’adresser un petit bonjour synonyme de sympathie que je lui renverrai bien volontiers dans une logique de jovialité fraternelle. Mais pensez-vous, ces appareils sont fait par des japonais, des mauviettes qui n’ont même pas le temps de finir la machine qu’ils se sont déjà suicidés !
A un moment, la porte s’ouvre. Nouvelle partie de franche poilade : celle-ci s’ouvre de manière progressive en laissant échapper un « bzz » qui m’est peu familier. Si par malheur vous avez l’audace de pénétrer dans le lieu avant l’ouverture totale de la puerta¹ : une connerie d’alarme retentit dans tout le bunker, ce qui n’en finit pas d’attirer l’attention de tous ces types que vous n’avez jamais vu et qui se prétendent être des soutiens de toujours.
Je vous fais grâce de l’épisode « perso » comme peuvent dire la nouvelle jeunesse que je méprise, autant qu’Hitler – qu’il soit béni – méprisait les poissons rouges et les reliquats freluquets.
D’habitude, lorsque j’ai bien tout fait ce que j’avais à bien tout faire, je refaisais tout le processus énoncé précédemment pour sortir de cette prison asphyxiante. Seulement, mes déboires ne s’arrêtèrent pas là. Car en effet, je constatais avec effroi qu’il n’y avait plus de papier. Comme ces lieux de hautes technologies bénéficient de toutes les dernières innovations technologiques sauf du téléphone, je gueulais le nom de mon assistant que je n’avais sans doute jamais vu mais que j’appelais Jean-François. Dans mon for intérieur, j’espérais de toutes mes forces qu’il ne s’appelasse point Jean-François, au quel cas, il aurait mon poing dans la gueule. Mais hélas, les isolations ne sont pas fait à la légère ici bas, et les murs qui m’entouraient n’étaient pas blindés, ils étaient « surblindés » (car je ne sais pas comment on dit quand c’est « surblindé »). Tout ça pour dire que personne ne m’entendait ou ne pouvait m’entendre.
Je décidais donc de patienter, tant qu’au bout d’un moment, un abruti de soldat ou d’assistant ou de je ne sais quoi d’autre s’apercevrait, malgré une évidente pauvreté d’esprit, que je ne suis toujours pas sorti des chiottes, et que ça fait trois jours ! Cependant, je remarquais dans mon attente un bouton rouge qui m’inspirait une sorte de soulagement. Je pensais me souvenir qu’il s’agissait d’un bouton d’appel qu’il suffisait de presser en cas de problème. Après avoir sondé ma pensée, je décidais d’appuyer avec confiance. Mais comme un con, je venais de déclencher la bombe atomique ! Et sur le Japon en plus ! Parait-il que la guerre est déclarée. Finalement on m’apporta vite fait un rouleau de papier, mais à l’heure qu’il est, je crois que je vais rester encore un peu, on n’est pas trop mal dans ces toilettes.
¹. En français dans le texte