Les éphémères souvenirs des yeux bleus ouverts
La semaine dernière, c’était son père, aujourd’hui, c’est sa grand-mère. François de Remplot n’en finit décidemment pas d’enterrer des proches ces derniers temps. « J’ai plus une minute à moi ! » aime-t-il à rajouter d’un ton teinté d’une pointe de tragique cynisme. Mais les faits sont là, et parlent d’eux même, c’est une bien triste période que traverse François.
Son malheur date en réalité de plusieurs années déjà : lorsqu’il était encore qu’un jeune tourtereau, il perdit sa mère le jour de son mariage. Si François fut attristé par l’événement, voir marqué à jamais, il en voulait énormément à sa mère de ne pas être venue à son mariage, et on le comprend. Pour autant, c’est bien à partir de là qu’il devint « dégoûté de la vie».
Les années passèrent et François de Remplot perdit son père puis sa grand-mère (voir plus haut). Hélas, le vieil adage jamais deux sans trois ne se vérifiant une nouvelle fois pas, en l’espace d’une décennie, il égara à jamais son frère, deux tantes, un oncle, et son grand-père ; parallèlement, François, d’un air faussement envieux, qualifiait ces disparitions : « Bande de chanceux va ! » prenant le ton d’un condamné.
Le temps se poursuivant tant bien que mal, il vint un jour où François se trouvait assez vieux pour commencer une vie de jeune retraité. Mais rien n’avait pour autant apaisé ses souffrances. La perte de ses deux sœurs, de ses quatre cousins et de ses deux cousines n’avait pour ainsi dire, pas changé les choses.
Cependant, en explorant de plus près les afflictions insubmersibles de François, on se rend compte que si tous ces décès sont bien difficiles à vivre, ils le sont beaucoup moins que sa vie avec sa femme, une grosse et détestable poufiasse orgueilleuse qui rend la vie impossible, et qui surtout, ne crève toujours pas !