La peur de ma vie

Publié le par Lukaleo

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Ma journée fut effroyable. Je crois que je viens de connaître la plus grande frayeur de toute mon existence – quoique encore courte  - et surtout, pris pour que cela ne se reproduise plus. Si mes journées se suivent et se ressemblent, tant elles ne sont que tristes et monotones, je leur accorde par ailleurs le bénéfice de la confiance comparé à l’enfer que je viens de vivre il n’y a pas moins d’une heure et demie.

En arrivant ici – il y a deux semaines à peine - je fus en premiers lieux surpris par les nombreuses précipitations. Je crois en décompter deux ou trois par jour, ce qui est assez peu agréable, surtout à une époque où la sécheresse devrait prendre le pas sur le mauvais temps. Si ces banalités, je le conçois,  n’empêchent pas de vivre, elles ne sont pas pour autant de grands moments d’euphorie. Mais, (hélas ?) on s’y habitue vite !

Alors que j’espérais que cette période de fortes ondées cessât un jour ou l’autre de manière au moins saisonnière, telles les moussons indous, je songeais aux périodes d’averses que je vivais actuellement et notamment leur étonnante ponctualité. Car en effet, je remarquai rapidement que le matin et les soirs semblaient être propices à ces petits déluges intempestifs ; encore que se ne soit pas toujours le cas.

Mais je reviens à la pire des abominations, au paroxysme de l’horreur, au comble de l’effroi, dont la simple évocation me remplissent de sueurs froides et d’inavouées condescendances envers la nausée qui s’empare de mon organisme et de ma fébrile personne. Alors voilà : le matin venait de passer et j’en sortait satisfait de par l’absence totale de la moindre goutte d’eau pour l’instant tombé. L’après-midi s’annonçait plutôt bien, et tellement bien d’ailleurs, que je m’évoquais la possibilité d’une averse journellement impossible. J’eus tord. Car ce ne fut pas une simple averse qui vint m’ennuyer de son inopportune présence, mais un molosse de flotte, une nuée de matière bleue, un tsunami destructeur, un pipi de baleine dans l’océan ! Bref, une gargantuesque inondation dont je ne pouvais à cet instant imaginer l’intensité. Quasiment noyé sous ces eaux souillées, je parvenais toutefois à survivre à ces inimaginables fléaux surnaturels. Ingurgitant une énième tasse, je sentis soudain, sur le sol rigide au semblant imperméable, un léger écoulement qui m’écartait, certes, de tout danger de périr dans d’atroces souffrances, mais pas de la peur abracadabrantesque qui ceignait encore ma chair tremblante.

Repensant à tout ça, il m’est difficile d’imaginer à cet instant un monde meilleur où le temps ne serait plus déréglé par ces viles et abjectes pollutions humaines qui ne cessent de dérégler et de rendre impossible l’existence !

 

(Extrait du Journal d’une baignoire inondée, 2001)

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Publié dans Journaux intimes

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S
Ouah ! Le déluge quoi.
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