Frères de Flang

Publié le par Lukaleo

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      Il y avait deux frères. Ou plutôt, deux jumeaux. Deux jumeaux qui, notez bien, n'en étaient pas moins des frères. Il y avait Jean-Marie et Bruno, deux frères donc, jumeaux donc, et qui avaient tout à fait la même tête, donc. C'est bien simple, il était impossible de faire la distinction entre Jean-Marie et Bruno tellement ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. Pourtant, c'est deux frères jumeaux, étaient très différents l'un de l'autre. Non pas physiquement, mais plus profondément. En fait, intellectuellement, ils étaient littéralement opposés.

      Certes, il y en avait un de droite et un de gauche, mais là n'était pas vraiment le problème, c'était pour ainsi dire sur leur vision du monde, de l'homme et de la vie, que leurs opinions divergeaient fortement. Tiens, un exemple, comme ça, vous allez voir : Jean-Marie pensait que la vie n'avait aucun sens, on vit, on meurt, et puis voilà. Nous ne sommes que des organismes vivants qui vivent et qui meurt. Et puis c'est tout, y'a pas besoin d'en chier une pendule. En face, Bruno, avait une vision un peu plus compliquée sur le sens de la vie : il ne le connaissait pas. Et il disait d'ailleurs que toute sa vie, que toutes ses capacités de reflexion étaient seulement tournées à l'élaboration d'une réponse à cette terrifiante question. Mais, que diantre, quel est le sens de la vie ?

      Nombreuses étaient donc les disputes entres ces deux frères jumeaux qui avaient des appréciations très différentes sur le monde, l'homme, la vie. Pour Jean-Marie, un être humain n'est rien d'autres qu'un banal amas de cellule, constitué à 70 % d'eau, de viandes, d'un peu d'os, avec du sang et de l'electricité. Bruno, lui, n'est pas tout à fait sur la même longeur d'onde. Il pense qu'un être humain est une entité mystérieuse contenant une âme, un esprit, du mal et du bien, choses qui le rendent capables d'émotions aussi diverses que, l'amour, la haine, la pitié, la peur, la joie, le bonheur, le malheur et toutes ces sortes de choses, fort intéressantes au demeurant.

      Et puis que dire du monde ? Jean-Marie dit avec résignation qu'il ne faut pas chercher bien loin, le monde, c'et tout simplement un tas de terre, de caillou, de sable, avec du magma dedans et de l'eau tout autour, poussière ridicule et insignifiante comme il y en a des milliards dans l'univers. Mais pour Bruno, le monde, serait plus une sorte de temple, où les élements, inspirés par une force suprême, donneraient des messages confus aux hommes, et ainsi, feraient de la Terre, un lieu de passage, peut être aussi d'intermédiaire entre les dieux, et leurs création. C'est barbant, hein ?

Et justements, sur les dieux, sur Dieu, sur celui que certaines bedoles surnomment le « big boss », que pensent-ils, ces diables de frères jumeaux ? Sur ce point, Jean-Marie est clair, ce ne sont pour lui que de vaines balivernes, fruits dangereux de quelques agâtardis assoifés de pouvoir et de richesses. ! Bruno, lui, moins catégoriques, hésite à se faire une opinion, bien qu'au-delà de toutes religions déjà existantes, il pense croire en l'existance probable d'un architecte suprême.

      Alors vous l'aurez remarqué, l'un est sûr de lui, l'autre est dans le doute. Le premier de ces deux frères, quand il dit quelque chose, non seulement il le pense, non seulement, c'est simple, mais en plus, c'est pas faux ! Tandis que l'autre, non seulement il est dans le doute permanent, non seulement ce qu'il dit est incompréhensible, mais en plus c'est bougrement contestable ! Et le pire dans cette histoire, c'est que le premier de ces frères, Jean-Marie, il est très bien dans sa peau : il vit san se poser de questions et coule des jours heureux, beré par le contententement d'une vie qu'il sait sans but et sans espoir. Mais Bruno, lui, est obsédé, ne dort pas, et cherche sans cesse les réponses qu'il voudrait, pour comprendre ce monde, et combler le doute effarent qui détruit son existence, qu'il sait sans but et sans espoir.

      Et dernière constatation passionante de ce brillant exposé : lorsque l'on demande à ces deux hommes s'ils aiment les frites, aussi différents soient-ils, ils répondent tous les deux, et en se léchant les babines avec allégresse un grand « OUI » dont la pureté n'a d'égale que celle des mystères de la vie.    

 

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Publié dans Nouvelles enivrées

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