Deux digestifs et un hautbois

La fascination, certains en parlent, d’autres la vive. L’admiration, c’est pareil. Mais nous ne parlons pas ici des admirables fascination, ni des fascinantes admirations, mais plutôt, des fascinations admiratives, ou pour les néophytes, des admirations teintés de fascinations. Car comme par hasard, c’est bien de ce type de sentiment dont François Marmiton est l’infortuné victime, ou, pour les néophytes, le victimaire traîne-misère. Il est fasciné. Il est admiratif. Il est les deux à la fois. Troublé, choqué, interpellé, épris, passionné, ensorcelé, captivé, envoûté, il ne peut dévier ses yeux de l’objet de sa fascination admirative, ou pour les néophytes, de la chose pour laquelle il a de l’admiration teintée de fascination.
Mais pour quoi donc a-t-il tant de fascination admirative, ou pour les néophytes, quel est donc cet objet énigmatique pour lequel François Marmiton a de l’admiration teintée de fascination ? Nous sommes tout de même en droit de nous poser la question, que diantre, ou pour les néophytes, bordel de merde ! Eh bien François Marmiton est amoureusement obsédé par un visage. Mais attention, pas n’importe quel visage ! Il s’agit d’un des plus beau visage qui soit, une pure merveille d’une ahurissante beauté. Ce genre de visage qui vous laisse pantois, ou pour les néophytes, sur le cul.
Là, ou se visage rend à la fois François Marmiton fasciné et admiratif, c’est qu’en plus d’être gracieux, il est féminin, dans la mesure où il appartient à une femme, ou pour les néophytes, à une bougresse. Or, cette femme est absolument magnifique, sa figure est d’une somptuosité convulsive, et sonne avec le tonnerre et l’éclat d’un éclair dans l’ombrageux regard de François Marmiton, célibataire de son état, et cela depuis des temps qu’il juge comme étant immémoriaux, ou pour les néophytes, vachement vieux.
Le problème, c’est que ce visage, si beau, si leste, si brillant ; cette frimousse, si mignonne et attachante ; ce regard, si merveilleusement distrait et craintivement sûr de lui, ce caractère si félin et féminin, à la fois ; n’existe pas réellement, ou du moins, n’existe plus, ou alors seulement sur une toile. Car en effet, ce qui fascine tant François Marmiton, et avec une once d’admiration, c’est l’éternelle effigie de La Belle Ferronnière, l’inoubliable tableau planté depuis des siècles au Louvre, ou pour les néophytes, dans le plus grand musée du monde. Eh quel drame pour un homme que d’être amoureux d’un tableau, quelle infernale malédiction que de ne pouvoir s’empêcher de verser quelques larmes d’allégresse à la simple vue de cette femme inconnue à la posture si attachante. Cette dame, François Marmiton, l’aime. D’un amour pur, total, absolue, et toutes ses pensées se dirigent immanquablement vers elle.
Alors, pour vivre pleinement son amour, il a demandé en mariage, la belle Ferronnière, et il lu dans le regard captivant de celle-ci qu’elle disait, « oui ». Depuis, François Marmiton se bat pour que la France reconnaisse le mariage entre les hommes et les tableaux, et à monter pour cela une association : « Mariage Gai », où ont déjà adhéré les amoureux de la Joconde, de la Naissance de Vénus, des Trois Grasses, des Demoiselles d’Avignon, de la laitière, de la Liberté guidant le peuple, ou même de l’Origine du Monde, ou pour les néophytes, de la motte en gros plan.