Le noir triptyque sirotera une flatulence comestible
Jean-Louis Broutifiliou n’était pas un homme comme les autres. En effet, Jean-Louis Broutifiliou était un passionné de littérature. Mais pas seulement, Jean-louis Broutifiliou était bien plus que ça, il était un surréaliste. Se revendiquant selon ses mots comme l’André Breton du XXIème siècle, Jean-Louis Broutifiliou vouait un culte sans bornes à ce dernier, ainsi qu’à tous ces auteurs qui ont accompagné et influencer à eux seuls ce fameux courant qu’est le surréalisme (ils se reconnaîtrons). Mais en plus de vouer un culte sans bornes à ceux-ci, Jean-Louis Broutifiliou allait plus loin, il parvenait à publier ses écrits, surréalistes naturellement, qui avait d’ailleurs conquis un certain public averti. Si néanmoins il ne pouvait vivre de sa plume, le charmant personnage n’en demeurait pas moins un accro de pratiques « divertissantes » tel que le jeu du cadavre exquis. Ah ! Le fameux cadavre exquis ! C’était un petit peu la huitième merveille du monde pour cet homme qui, depuis son enfance ne cessait de s’y adonner, parfois tard dans la nuit, se souvenait-il, avec ses camarades littéralement épuisés par l’entrain de cet individu infiniment inhabituel, et je pèse mes mots.
Mais, comme le chantait si bien Léo Ferré, les temps sont difficiles ; et plus particulièrement pour ce pauvre Jean-Louis Broutifiliou qui, depuis à peine un mois, avait perdu sa femme. Ou plutôt, celle-ci s’était barrée, las de cette vie au demeurant assez réaliste. Un peu trop peut-être. Mais cette perte, tant fut-elle qu’un point de détail sur le plan sentimental, humain et tout le bordel, ce fut bien plus que sa femme qu’il perdit ; mais sa raison de vivre. Car je vous le demande, comment faites-vous un cadavre exquis tout seul dans le plus pur respect des règles de l’art ? Hein ?! Je vous le demande ! Eh bien vous ne pouvez pas !
Toutefois, le vaillant homme, ne se laissait point berner par ses farfelues simagrées inscrites précédemment par moi-même. Non, vous l’aurez compris, Jean-Louis Broutifiliou allait bien trouver un moyen, non d’une pipe ! Aussi, Jean-Louis Broutifiliou aime bien fumer la pipe en regardant le journal de 20H de Claire Chazal (c’est un surréaliste, ne l’oublier pas). Pour en revenir à notre récit déjà bien entamé, Jean-Louis Broutifiliou avait, dans un premier temps, tenté de s’adonner au cadavre exquis en dédoublant sa personnalité entraînant de ce fait, une sorte de schizophrénie. Malgré sa persévérance et sa bonne volonté, et si il se déguisait, un peu à la manière d’un Patrick Sébastien, avant d’écrire le mot et de replier délicatement le papier pour qu’il ne puisse pas lire ce qu’il venait de noter, il s’en souvenait à chaque fois ! Quelle déconvenue quand même, vous en conviendrez ! Alors, n’abandonnant pas pour autant son entreprise, il utilisait à présnet des procédés on ne peu plus radicaux. Il tentait, après avoir inscrit son mot, de se saouler la gueule comme un porc, dans le but précis, dans sa perte de lucidité, de perdre également son mot dans l’écume de l’oubli de son cerveau immergé. Hélas, ne tenant que très peu l’alcool, il passait plutôt la fin du jeu dans ses chiottes, les tapissant aux grés d’allégories dont je vous laisse imaginer la couleur et l’odeur pendant qu’on y est !
Le temps passa, et les nouveaux procédés révolutionnaires qu’il disait imaginer se soldaient par de cuisants échecs ! Jusqu’au jour où il trouva enfin une solution plus ou moins durable, mais du reste, assez évidente. « Il me faut une femme ! », ben oui tant qu’à faire. Il en trouva une pas mal foutue d’ailleurs. Tellement bien foutue d’ailleurs, qu’il en oublia ces cadavres exquis. Mais lorsqu’il y revint, la petite s’était déjà barrée, elle était, d’un seul coup, normal, moins bien foutue. Mais ce qui posait le plus gros souci, c’était sans conteste Jean-Louis Broutifiliou : trois mois sans cadavres exquis ! A cet instant, une sorte d’état second semblait s’emparer de l’homme qui en venait à flirter avec la folie, incapable d’assouvir un seul instant ce besoin qui se faisait viscéral.
Par un soir d’automne, face à un verre de scotch énergique, Jean-Louis Broutifiliou paraissait gravement affecté, gravement affecté par sa condition de surréaliste, incapable de faire des cadavres exquis. Soudain, un éclair furibond traversa son regard absent. Epris d’une pulsion incontrôlable, il ouvrit d’un geste expéditif la fenêtre de sa cuisine par laquelle, sans réfléchir, il sauta tragiquement. S’explosant sur le sol qu’il maculait de sang, il venait de commettre l’irréparable. Cependant, Jean-Louis Broutifiliou qui venait de mettre fin à ses souffrances de surréaliste, avait de surcroît, donné naissance, sans le savoir, à un, à son cadavre exquis ! Un cadavre exquis qui fut exposé et qui demeura le plus beau de tout les temps !