Aux Abymes de la Séparation perdue

Publié le par Lukaleo

Eglise-Etat.jpg     Nul ne sait pourquoi, nul ne le comprend, nul ne l’excuse, et nul ne fait de même : ne pas donner le denier du culte dans le village de Saint-François roupillon, c’est un crime. Or, chaque année, quand la modeste paroisse demande à ses féales ouilles de bien vouloir participer à la réussite des défis financiers qui l’attende, et principalement l’urgente rénovation du clocher de l’église, se reproduit la même infamie : alors que les deux cents villageois liquident tout ce qu’il leur reste de leurs maigres économies, Julien Fiole, connu pour ses amitié avec le célèbre acteur Romain Bouteille, refuse de donner la plus infime pièces sonantes et trébuchante à ceux qui répandent la bonne parole aux impies de ce monde en décrépitude.

     « Ah ! Vous verrez ce qu’il adviendra de cet irréligieux qui refuse de participer à l’urgente rénovation du clocher de l’église quand sonnerons sur terre les trompettes du jugement dernier ! Vous verrez ce qu’il adviendra de ce blasphémateur qui s’isole dans son mépris de la plus longue et respectable institution humaine, lorsqu’il sera rappelé à Dieu, et que Satan en fera son affaire ! Vous verrez ce qu’il adviendra de cet ignoble blasphémateur, qui par le simple fait de son injustifiable refus, crache au visage du Christ et de tous les saints qui l’entoure à sa droite ! »

     Tel fut l’éloquente oraison de monsieur le curé du village, au lendemain de la récolte du denier du culte, quand il appris qu’encore une fois, Julien Fiole s’était obstiné dans ce refus aussi catégorique qu’incompréhensible. Les deux cents habitants du villages furent bien d’accord avec lui, sauf sur cette idée bien saugrenue comme quoi des « saint entoureraient Jésus sur sa droite », car comme le disait si bien le vieux Bobine, l’un des plus vifs esprits de Saint-François Roupillon : « on entoure ni par la droite, ni même par la gauche, car le simple fait d’entourer est une action dont la plus élémentaire essence est de justement passer au-delà de toutes ces basses considérations de directions ! »

     Dès lors, les pires rumeurs se répandirent sur le compte de Julien Fiole : les vieilles du villages se mirent à penser qu’il mangeait les enfants, ceux-ci qu’il mangeait les vielles, tandis que les autres allaient imaginer qu’il entourait les gens par la droite, pour mieux les étouffer sur leur gauche ! Le maire, qui était catholique, alla voir Julien Fiole pour mettre les choses au point : « Si vous persistez à ne rien donner au curé, je me verrais dans l’obligation de réagir ! » Républicain jusqu’au bout des ongles, Julien Fiole lui expliqua alors qu’il n’en avait pas le droit, et au fil de la discussion, le maire comprit qu’il y avait eu en 1905 une loi, qui s’appelait de la « séparation de l’Eglise et de l’Etat », chose dont la maire n’avait jamais entendu parlez, ni aucun de ses administré d’ailleurs. « En voilà une bien bonne ! »

     Et depuis que la nouvelle s’est répandu, les habitant ont pris de nobles décisions : au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ils ont brûlés l’église, pendu le curé avec ses tripes, violés et égorgé ses nonnes, et ont fait un feu de joie de toutes les bibles et de tous les écrits sains. Et depuis, qui porte au dessus de son lit une croix ou admet ne pas réfuter violement l’existence d’un Dieu omniprésent, est immanquablement lapidez. « Il ne me manque plus qu’a leurs expliquer l’abolition de la peine de mort ! » se disait avec consternation Julien Fiole.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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