L’adieu du 4 octobre

Publié le par Lukaleo

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La fin des Temps ; c’est bien ce que redoutait Albert Brintard lorsqu’il regardait par la fenêtre l’apparente volupté de la nature immobile. « C’est encore le calme avant la tempête ! » aimait-il à se répéter tous les soirs à la tombée de la nuit devant le spectacle sclérosé que sa vision offrait à sa vue. Des déchets à ne plus savoir qu’en faire, une pollution considérablement sonore et incommensurablement environnementale. Et puis, le désert. Le désert, le désert urbain ; pas une ville, si tant soit-elle grande, n’était point inhabitée sinon en ses cloisons. Rien plus que de vulgaires bâtiments bétonnés se voyaient remplis d’individus fécaux rendus fou par leur errance incessante. Mais, sortir de ces prisons pour humer quelque peu en extérieur l’air supposé vivifiant ne se solderait par aucune rencontre sinon la mort.

Dans ce climat aux consonances apocalyptique, Albert Brintard avait sans doute raison : la fin des temps, c’était bientôt. Mais pas question pour autant de perdre espoir ; au non, surtout pas. Car en effet, quoi de plus émouvant, quoi de plus enivrant, quoi de plus stimulant pour un homme que d’assister, devant de larmoyants yeux abasourdis, au dernier spectacle universel, à l’épilogue de millénaires d’existence, à la fin de la Terre qui a porté tant de génies qui seront détruits leur œuvre et eux à jamais, tant d’humains qui sortiront de la postérité, tant de créations réduite à néant, tant de Tour Effel s’élevant dans l’oubli de la mort, tant de Tchernobyl à présent impossible, tant de dieux en qui ne plus croire, tant de conneries définitivement anéanties, tant de temps qu’il ne fera plus demain, tant d’enfant soumis à la naissance de leur mort, tant de modes assurément démodées, tant de Claire Chazal enfin terminé ! Bref, le dernier théâtre proposant encore une pièce intéressante, une histoire qui ne finira pas en un vulgaire Happy end synonyme de crachat au visage de l’Humanité qui mérite quand même plus que ça.

Devant cette atmosphère déliquescente, Albert Brintard venait de comprendre quelques chose : « J’ai une de ces chance moi ! » Chaque jour que Dieu s’efforçait encore de faire correspondait à un compte à rebours qui touchait bientôt à sa fin. La population mondiale vivait dans un pessimisme, dans un désespoir, dans une désillusion absolu et se préparait définitivement à pas faire long feu. Seul Albert Brintard, qui avait tout compris jouissait encore de son bonheur trouvant ses racines dans l’impatience qui le nimbait glorieusement de parvenir au terminus pour dire : « Oh ben la fin du monde c’était quelques chose ! ». Au même moment, les bourses s’effondraient tandis que d’autres ne s’étaient jamais autant ébranlées. La télévision, effectivement tombée bien bas, diffusait en boucle les derniers épisodes de Les Feux de l’amour qui captivaient encore les vieilles séniles incapables de saisir l’ultime opéra, peut-être réservé à une certaine élite, qui allait avoir lieu d’un instant à l’autre.

22h36 : Un flash spécial de la CNN indique que selon les spécialistes de météo France, la fin des temps devrait nous parvenir d’un instant à l’autre, et que demain nous fêterons la Sainte-Odile, et que le soleil se lèvera à 8h.

22h38 : Deuxième flash spécial ; il indique que d’ici quatre minutes plus personne ne foulera cette terre.

22h39 : Bordel de merde, Albert Brintard, arc-bouté à sa fenêtre constate avec frénésie que l’instant fatidique qu’il attendait va avoir lieu dans trois minutes !

22h40 : La femme d’Albert Brintard, absorbée par une crise de folie incontrôlable pousse malencontreusement son mari arc-bouté à sa fenêtre.

22h41 : La femme d’Albert Brintard constate avec stupeur que son mari vient de s’exploser littéralement sur une pierre saillante situé au bas de son immeuble.

22h42 : Incroyable, Albert Brintard se relève vaillamment. C’est le soulagement, il n’est pas mort et pourra voir cette putain de fin du monde !

22h43 : C’est la fin du monde. A l’instar de ses milliards d’homologues qui suffoquent, périssent asphyxiés, Albert Brintard assiste également à la fin des Temps !

Satisfaisant son plus profond désir, Albert Brintard venait bien de vivre les derniers instants de l’Humanité, du monde, des Temps. Alors qu’on se le dise ; tout est bien qui finit bien !

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Publié dans Nouvelles enivrées

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