L'amour expliqué aux amoureux

Publié le par Lukaleo

parade amoureuse



Elle l’aimait, c’était sur ; comme le nez au milieu de la figure. Augustine Réverbère connaissait l’homme qu’elle aimait depuis bien longtemps ; peut-être vingt ans, peut être vingt et un. Cependant, ce ne fut, tenez-vous bien, que depuis hier soir qu’elle en tomba réellement amoureuse ; intriguant mystère si il en est. Quel élément décisif, quel instant morphème, quel attitude distincte, déclencha cette telle folie amoureuse qui nimbait de son auréole incandescente la jeune Augustine ; la magnifique, qui sombrait d'autre part sous le joug scintillant d’un émoi papillotant par elle-même soutenu.

Car qu’est-ce que l’amour, sinon un coup de foudre déclencheur, immédiat, succinct, inexplicable ? Demander donc à Augustine, elle ne vous répondra pas. Car pour elle qu’est-ce dont qu’l’amour ? Un nom masculin ; un sentiment très intense, un attachement englobant la tendresse et l’attirance physique, entre deux personnes ; comme pourrait le dire très justement le Petit Robert ou le Grand Larousse. Aussi, ça faisait peut-être vingt ans ou peut-être vingt et un qu’Augustine connaissait ce satané Frédéric ; tous les jours, elle le voyait, et réciproquement, depuis qu’ils furent embauchés par le même patron, par la même entreprise de fabrication de papier cul triple épaisseur qui les faisait collègues ; c’est dire, fanfreluche raison !

Mais depuis hier, Augustine ne pensait plus à rien suite à cet incroyable coup de foudre qui survenait avec toutefois un certain décalage, vous en conviendrez ; d’où par ailleurs mon opposition à l’utilisation de ce mot « coup de foudre » dans les palabres ci-dessus. Mais trêve de bavardages. Dans la situation ici présente, Augustine n’en n’est point à la considération invraisemblable d’une hypothèse singulièrement étrangère à la question effective se déterminant en outre dans l’interrogation consistant à considérer une vie impossible sans cet homme. Vous l’aurez compris, Augustine était littéralement folle de ce type. « Demain sera un grand jour » laissait-elle choir de sa bouche amoureuse dans l’obscurité vagabonde de sa chambre assombrie qu’elle remplissait au gré de quelques points de suspensions incontrôlés.

Comment avouer son amour sans l’avouer ? Voici ce que cherchais exactement à faire Augustine ; car il demeure évidemment un problème d'envergure : Frédéric ne sait pas qu’Augustine lui voue un amour dissimulé sans bornes ; c’est ce que nous croyons en tout état de cause. Ainsi, Réverbère, Augustine Réverbère prit son couteau à deux mains et son courage entre les dents ; et soudain ; arrivée à l’entreprise, elle s’installa, comme d’habitude à son poste et attendit patiemment l’arrivée incongrue de son prochain.

Il approchait ! Devant le spectacle irréaliste de l’irruption cutanée de celui qu'elle attendait, Augustine, suant à chaudes larmes, constatait que son prochain tenait en une main droite maladroite, piètrement dissimulée derrière un solide dos figé, un admirable bouquet de fleurs aux dominantes rosâtre et un peu jaune sur les bords ; aurait-il songer à un semblable dessein, bougre flibustier ?! Se serait-il lui aussi décider à avouer sa flamme à Augustine ? Le hasard avait sans doute encore joué de sa mathématique intervention !

            Préparant une déclaration onirique, il s'abstenu un instant et par un geste d’une habileté prodigieuse conjuguée à une vitesse d’exécution non moins sensationnelle, celui que l’on nommait Frédéric Bougrodard déglutit le bouquet susdécrit dans un élan furibond de surréalisme face à la vision horrifiée d’Augustine Réverbère, confrontée à l’implacable certitude de son incompréhension.

            Agonisant la bouche ouverte, entre la vie et la mort ; entre l’estomac et la bouche, la composition florale étouffait le malheureux Bougrodard qui souhaitant originalement donner l'importance de l'amour qu'il vouait à la belle Augustine, fut tragiquement victime de l’aliénation amoureuse déchue qu'il et qu’elle n’eut le temps de délivrer avant la mort de celui qui le devenait. Alors, pleurant le sombre destin de Frédéric Bougrodard, mort par amour sur le champ de bataille d’une victoire à laquelle il ne croyait en réalité pas, mais qu’Augustine voulait dans un impératif de vitalité, elle conserva le corps du défunt et de la sorte, le bouquet de fleur que l’infortuné employa à escient divagateur ; celui-ci du reste, toujours alimenté en eau grâce à la salive du décédé. Aussi, si elle fut licencié pour faute professionnelle, Augustine Réverbère hérita toutefois de la maison avec piscine que venait d’acheter Bougrodard ; j’avais oublié de dire qu’il venait de gagner au loto.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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