L'orgueil du pamplemousse

Publié le par Lukaleo



      Le monde n’a besoin de personne pour changer. Le monde change tout seul. Et ça Vivian Leclerc l’a bien compris. Sa devise : « Le monde change et c’est pas la peine de vouloir le changer, il se débrouille très bien sans nous ! » Autrement, dit, les révolutionnaires sont des imbéciles, les réactionnaires aussi : seul les je-m’en-foutistes ont compris le monde dans lequel ils vivent, et ils sont les derniers à pouvoir, paradoxalement, changer le monde en profondeur, parce qu’en effet, il faut que ça change.

     Car en effet, Vivian Leclerc, secrétaire général du Parti Je-m’en-foutistes, dont il est aussi le fondateur, le porte-parole et accessoirement, le trésorier, le pense très fort : « le monde change, mais il est peuplé de gens qui veulent le changer à leurs guises, ceux qui fait que rien ne change. Et cette situation dure depuis un certain temps ! » Or, il faut que ça change : on ne peut pas continuer plus longtemps à vouloir changer quelque chose qui est précisément déjà en train de changer, comme on ne peut pas tuer quelqu’un qui est déjà mort.

     Le programme du Parti Je-m’en-foutiste est tout à fait novateur : « il change de tout le autres » et il se base sur le demande de changement des électeurs qui ont en marre, « et je les comprends ». Ainsi donc, ce programme à pour préambule « le changement, oui ; de la vie, non ». L’idée de départ, assez compliquée il est vrai, se base sur le projet de laisser le monde se changer tout seul, et en faisant paradoxalement en sorte que le vie ne change pas d’une pinte de changement, parce que la tradition, ça existe aussi, et elle ne change pas, elle.

     Si le Parti Je-m’en-foutiste a  profiter d’un certain succès ces derniers temps, avec une politisation accrue de la société française, qui change par ailleurs, il n’en est pas moins confronté à ses contradictions : la changement change, et ne rien vouloir changer pour laisser le monde changer comme il veut ne reviendrait-il pas à un perpétuel changement de la société, qui, si la pouvoir ne change pas demain de mains, pourrait bien se changer en la perte regrettable des repères fondamentaux ? Autrement dit, est-ce que l’on n’y perdra pas au change ? A ces accusations, Vivian Leclerc réponds avec aplomb que ceux qui ne veulent rien changer n’ont qu’a vouloir changer le monde, comme on nous le promet depuis l’alternance de 1981 : leur incompétence fera l’affaire pour que rien ne change !

     Faut-il voir dans cette vision des choses que si Vivian Leclerc arrive au pouvoir, c’est son incompétence à ne rien changer qui conduira au changement, tout comme, selon lui, c’est l’inaptitude des gouvernements classiques à changer le monde, qui a conduit du fait que celui-ci ne change pas ? « Non ! » réponds l’intéressé, « c’est ma compétence à ne rien changer qui conduira au changement » ceux à quoi l’un de ses talentueux détracteurs répondit : « mais ne serait-ce pas la même chose pour les autres gouvernements ? »

     Depuis, ce jour, il le dit lui-même, « j’ai changer ! » et il ne fait plus de politique. La seule chose qu’il pratique encore avec affection, c’est l’échangisme, et ça, le monde, aura beau changer autant qu’il veut, il ne le changera pas lui !  

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Publié dans Nouvelles enivrées

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