Soubresauts et Fanfreluches

Publié le par Lukaleo

Math.jpg     C’est peut-être vrai, c’est peut-être faux, mais enfin, en fin, et au final, quand on n’a rien à dire, on ferme sa gueule. Cette équation algébrique aussi limpide que l’eau de rose d’une fontaine berlinoise a été mise au point, démontrée et reconnue par l’académie des sciences, sous l’impulsion géniale d’un des fondateurs des mathématiques modernes : Karl Black. Oublié de tous quelques cinquante années après sa triste disparition (il est mort emporté par un courant d’air alors qu’il nettoyait sa fenêtre sur un tabouret), Karl Black n’en a pas moins que très peu marqué les esprits avec cette relation géométrique qui donne des frissons d’allégresse à tous les mathématiciens fans de Pythagore et de Thalès.

     Car en effet, la théorie de Karl Black est totalement implacable : « si un sujet nommé X, n’a rien à dire, il fermera sa gueule et ne l’ouvrira que lorsqu’il aura quelques choses à dire. »  Quelle clarté, quelle concision, et par ailleurs, quelle remarquable souffle opératoire que cette théorie essentielle, surnommée avec une respectueuse admiration sans borne : « L’équation à la con » Songez un instant à toute l’ingéniosité qu’il a fallu à Karl Black pour mettre au point ce formidable calcul, qui si on y réfléchit bien, est fondateur : qui peut aujourd’hui contester que quelqu’un qui n’a rien à dire ne parle pas ? Personne.

     Enfin, personne, presque personne. Car en effet, depuis quelques années, et cela dans les antichambres de l’académie des Sciences, rode un homme presque centenaire, Peter Yankee, qui contredît avec toute la vigueur qui lui reste ce fameux calcul en apparence si certain. Là où il fait preuve d’une assez grande ingéniosité, c’est qu’il ne se contente pas de contredire bêtement l’Equation à la con, mais plutôt de la compléter, en insinuant par conséquent qu’elle est fausse, ce qui est par ailleurs, un tour de force remarquable. Ainsi, dans son fameux ouvrage De ma femme comme preuve irréfutable de l’inexactitude de l’Equation à la con, il s’attache à démontrer scientifiquement que le théorème comme quoi on ne dit rien quand on n’a rien à dire est faux ; l’exemple le plus probant étant l’épouse de Peter Yankee lui-même.

     Celle-ci parle en effet constamment, et en particulier quand elle n’a rien à dire, comportement étrange qui prouve à lui seul que si la théorie de Karl Black n’est pas fausse, elle ne fonctionne pas. La sortie de ce livre a été un séisme scientifique dans le monde enthousiasmant des matheux binoclard avec la raie sur le côté ; pour la première fois, une constatation simple et implacable était démentie par un autre scientifique. Et aujourd’hui, non seulement, le femme de Peter Yankee reste un mystère pour la science, mais surtout, on peut le dire, pour une fois, un scientifique, Peter Yankee, disait quelque chose que le plus profane de tous les êtres peut comprendre, et ça, Pythagore et Thalès ne peuvent pas en dire autant. Que dire d’autre que 2 + 2 = 4 ?  

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Publié dans Nouvelles enivrées

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