A la Recherche de la Non-Recherche

Publié le par Lukaleo

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Imaginez un instant que vous ayez incessamment une furieuse envie de lamper du Château Pétrus Grand Cru 1959, soit certainement l’un des breuvages les plus turgescents qui soit à la surface de la Terre. Voilà qui est dit et notons au passage que c’est certainement l’un des rêves les plus fous de tous les amateurs de vin au monde. Admettons maintenant que vous vous mettez à rechercher cette divine bouteille dont le prix doit faire frémir n’importe quel agent économique rationnel, et que finalement, vous ne trouvez que du Château Piquette 2002 : vous allez bien sûr être déçu, frustré, fou de rage et tout ce qui s’en suit, et ce sera bien normal.

     Cependant, vous aurez saisi le terrifiant désarroi d’Armand Toupillon : quand il cherche quelque chose, il trouve toujours une chose équivalente, mais de moins bonne facture que ce qu’il cherchais originellement, d’où, par ailleurs, l’excellent exemple du vin, qui démontre à lui seul la qualité dialectique remarquable de ce texte, vous en conviendrez avec moi. Mais en voilà donc une chose que de ne trouvez toujours que ce qui est inférieur à ce que l’on cherche ! C’est tout le toupet !

     Ainsi, lorsque Armand Toupillon veut se baigner dans l’Océan, il ne trouve que la mer ; quand il veut traverser un fleuve à la nage, il ne trouve qu’une misérable rivière ; quand il cherche une voiture orné du Spirit of Ecstasy, il ne trouve qu’une misérable fourgonne franchouillarde ; quand il cherche à parler avec ses amis d’enfance, il ne trouve que de maigres connaissances ; quand il cherche à regarder la cérémonie des Oscar, il ne peut voir que celle des Glodens Globes ; quand il veut écouter du Mozart, il ne trouve que du Salieri ; quand il cherche des toilettes ultramodernes de japonais, il tombe sur des chiottes à la turque ; quand il cherche le sommeil, il ne trouve que la sieste ; quand il cherche l’amour, il ne trouve que le flirte…

     Si vous ajoutez à cela l’exemple initial du vin, vous avez un individu qui n’en peut plus et qui aimerait connaître une fois pour toute le bonheur hégémonique et plénier : car si Armand Toupillon sait ce qu’est le plaisir, il ne sait pas ce qu’est le jouissance ! Or un homme peut-il seulement vivre sans connaître au moins une fois la plus totale jubilation, la plus complète exultation, la plus absolue exaltation ? La réponse est non, et ça, Armand Toupillon n’est pas sans le savoir. Naturellement, avec une si profonde crise existentielle, Armand Toupillon aimerait bien comprendre un bonne fois pour toute quel est donc le sens de la vie.

     Alors vous imaginez bien, déjà qu’il ne trouve rien de ce qu’il cherche, le sens de la vie, reste pour lui un mystère aussi insoluble que le noir de la nuit blanche. C’est donc dans ces conditions qu’Armand Toupillon décide de cesser de chercher : « …de toutes façons, je ne trouve rien de ce que je cherche, alors c’est pas la peine que je continu ! ». Pas con le mec.

      C’est ainsi que ne cherchant rien, marchant sans but dans la froideur diurne d’une rue déserte, l’ambulant Armand Toupillon rencontra dans ses errantes pérégrinations la face hideuse d’un restaurant, dans lequel il entra, s’assit dans une table isolée et circonspecte, et commanda le plat de jour, sans même chercher à savoir qu’est-ce qu’il était où combien il coûtait. Ce sont dans ses baroudeuses conditions qu’Armand Toupillon, trouva enfin le bonheur ultime de déguster la plus extraordinaire blanquette de veau qu’il ne lui avait jamais été donné de voir.

    

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Publié dans Nouvelles enivrées

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