Enivrement noctambule

Publié le par Lukaleo

10-paris-nuit.jpg
     Georges Britouille était paisiblement assis, proche de sa fenêtre ; il avait le regard débordant de larmes et semblait fouiller de vieux souvenirs poussiéreux dans sa concavité encéphalique érodée à cœur par la grâce de cinquante-six années d’existence intrépide et toujours incomprise. Soudain, émergeait de sa mémoire surannée trois souvenirs qui altéraient toutes autres commémorations étrangères.

     En premier, il se rappelait son enfance, lorsqu’il regardait au travers de la fenêtre de sa petite chambre laconique, depuis une veille baraque vermoule et citadine, la vieille forêt orangée sur laquelle pesait le poids des siècles et les embruns langoureux de l’arrière saison automnale ; derrière elle, laissant paraître et apparaître l’immensité infinie de la ville lointaine ; qui à la lueur d’indénombrables lampadaires resplendissants semblait s’embraser et s’embrasser aux flots enivrants de la fraîcheur noctambule. La noirceur inassouvie du ciel confus se mêlait et s’emmêlait aux ondées fugitives de la pluie assidue.

     Le second souvenir de Georges Britouille remontait à son adolescence misanthropique passée dans une petite maison individuelle située sur les hauteurs de la ville depuis laquelle il contemplait sans pleurer les lumières allumées et les témoignages pourpres et écarlates qu’attestaient sur les routes encombrées les feux de détresse des automobiles immobiles. La noirceur inassouvie du ciel confus se mêlait et s’emmêlait aux ondées fugitives de la pluie assidue.

     Le troisième souvenir trouvait son développement dans les années folles où primait la fougue sur le désespoir, dans ces années où la crise de la quarantaine n’est qu’illusion fourbe et satané fourvoiement chimérique, ces années où tout se passe mais rien n’arrive, ces années infiniment inhabituelles dont nous ne rechignerons pas à revenir, en des temps où l’âge à pris le dessus sur le vie. C’est précisément dans cette concordance susdécrite que Georges Britouille était absorbé, depuis les carreaux de la fenêtre de sa chambre maussade, par le spectacle surréaliste de ces inconnus personnages, habitants depuis des années cette ville dont il n’avait jamais autant, le croyait-il aimé ; avec une émotion impalpable, une allégresse indescriptible, un bonheur désenchanté, il se sentait jouvenceau fulgurant prêt à se défenestrer sur l’ouverture de Tchaïkovski par une jubilatoire désillusion ; plongeant sur la ville qui semblait l’appeler. La noirceur inassouvie du ciel confus se mêlait et s’emmêlait aux ondées fugitives de la pluie assidue.

     Une goutte d’eau tomba sur la concavité encéphalique et décrépite de Georges Britouille qui revenant à la réalité ; constatait sans rien dire, dans son carton perforé, qu’il n’avait jamais été aussi proche de la ville à présent désertée. La noirceur inassouvie du ciel confus se mêlait et s’emmêlait aux ondées fugitives de la pluie assidue ; Georges Britouilles concluait : « Pourtant, que la montagne est belle ! »

Publicité

Publié dans Nouvelles enivrées

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article