Dans la tendre frondaison de ce camus alpage
Dans la tendre frondaison de ce camus alpage, surgit comme venant de nulle part, une forme argentée et chatoyante, nuancée toutefois en quelque endroit d’un rose empourprant et d’un noir profond. Elle avance posément au milieu de la verdure bourgeonnante, reniflant les herbes, les fleurs et leurs pétales entrouverts, avec lenteur et délectation, examinant sereinement chacun des doux arômes que lui offrait la Nature. La petite flânerie ne dure que furtivement : relevant la tête, le petit chien, car c’est de cet attendrissant animal qu’il s’agit, met farouchement son petit corps poilu en action.
Dès lors, tandis que ses poils blancs luisent au soleil en éblouissant ceux qui les observent, le bichon frisé, car c’est de cette attendrissante race qu’il s’agit, se met à courir en tout sens, avec comme seul, et non moins enfantin objectif, que de s’amuser. Sentir l’aire passer subrepticement entre ses crins en soulevant ses vaporeuses oreilles, les hautes herbes caresser son ventre rose et étiré ainsi que ses pattes furtives en un perpétuel mouvement. Sautant ensuite tel un lévrier, la petite Bilba, car c’est de ce nom attendrissant qu’il s’agit, fatiguée, voit sa langue humide sortir de son affable museau. Ses yeux rieurs confirment l’instant de pure allégresse qu’elle vit dans cette herbeuse prairie.
Brusquement, Bilba s’arrête dans sa joyeuse course effrénée. Ayant senti quelque chose à sa convenance entre deux coquelicots et un pissenlit, elle renifle avec insistance, et de ses petites pattes gratte avec une incommensurable douceur cette herbe fraîche comme la rosée du matin. De sa saine truffe, car c’est bien de ce membre attendrissant qu’il s’agit, elle touche le sol avec une insistance qui laisse penser que ce petit îlot de terre en apparence anodin cachait en réalité une saveur toute particulière.
Puis, enfin décider, elle baisse la tête tout entière, et retourne son petit crâne contre le sol, entraînant ensuite tout son frêle corps : elle se retrouve alors sur le dos, et profite de cette posture pour se le gratter. Se roulant ainsi facétieusement dans l’herbe, on sentait en elle le plaisir indicible d’un soulagement bien compréhensible. Ses pattes avants et arrières levées vers le ciel, son échine canine se tortillant contre les pousses de la prairie, elle était belle. Pourtant, elle s’arrête subitement, se remet en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire sur ses quatre pattes, scrute l’horizon, comme si elle avait cru déceler la présence d’un observateur caché derrière les arbres, croyant que cette situation la rendait ridicule.
Sentant que dans son brusque replacement, une oreille lui est restée retourné, elle se secoue avec rapidité, tandis qu’autour des éclats resplendissants que ses poils luisants tombent de légères graines de toutes sortes. Puis, entre les feuilles tombantes, les fleurs et les abeilles, sous un beau soleil et un ciel miraculeusement bleu, au comble de la beauté de Dame Nature, la petite Bilba décide de faire la chose le plus naturelle qui soit : chier, car c’est bien de cette attendrissante action qu’il s’agit.