Exploration écarlate

Immense et étendue, s’étiolant à perte de vue, cette terre désertique est rouge. D’un pourpre sanglant et fangeux, corail et cramoisi, ces lieux vermoulus sont stériles, vides et inhabités, au point de donner un malaise vomissant si l’on s’y trouve. Parfois, on y découvre des excavations profondes et absconses, qui se terminent en la flaque vomitive d’un acide vorace. Ces cratères sont suivit par des sommets mamelonnant, qui, bosselés et rubiconds, s’achèvent par des sommets d’un vert cramoisi et pourrissant. Des cimes verdoyantes de ses buttes volcaniques s’échappent goulûment de longues coulés d’un liquide vermeil et boueux. Entre ses reliefs abrupte et inattendus, s’y trouve des déchets carmins, formes calcaires aux teintes olivâtres, vastes cicatrices d’une terre rougissante que l’ont croirait bombardée depuis peu.
Contrastant avec le bleu du ciel, cette camuse région endommagée, prend à l’horizon une forme elliptique, renforçant son allure de terre infinie qui se répète sans cesse. Un malaise naît pour celui qui l’observe : une odeur nauséeuse se dégage du fond des cavités telluriennes, tandis que du sommet de ces monts ballonnés, s’extirpent des effluves flatulentes insoutenables. Un glauque brouillard jaunissant recouvrent tous ces reliefs irréguliers, un blanchâtre liquide mousseux s’accumule sur le sol, et en dessous de la mollesse du terrain semble se dissimuler des tonnes ambrées d’un tord-boyaux dense et baveux prêt à surgir à la surface n’importe quand. Etouffant, perdant l’équilibre et son sens de l’orientation, le voyageur égaré qui se trouve en ces lieux infâmes ne peut que défaillir.
Mais où cette région aux rayons magnétiques si particuliers et aux canyons plus impressionnants que toutes les gorges de la Loire réunies se trouvent-elle ? Il n’existe sur Terre aucun pays qui prendrait cette si terrible forme ; il ne peut être en Amérique, en Eurasie ou en Afrique de telles désert, de tels volcans, de tels cratères, de tels ruisseaux, de telles cassures ; rien de tel n’est possible ou envisageable sur notre bonne vieille planète tellurique, que diantre ! Mais alors où cherchez pour pouvoir observer ces lieux pubescents ? Ce décor si improductif serait-il lunaire ? Ce rouge si écœurant serait-il martien ? Ces ocres flatulences seraient-elles saturniennes ?
Non, inutile d’aller chercher si loin. Nous autres humanoïdes ne sommes pas si espacés de cet endroit si peu désirable. Nous sommes même très près. Bien plus que vous ne voulez bien le croire ! Car en effet, cette terre ignominieuse n’est autre le front acnéique de la jeune adolescente Laura Martin, que nous saluons bien bas par ailleurs.