L'Agonie du Doute

Publié le par Lukaleo

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     Philippe est anxieux. Celui que l’on surnomme Philou depuis sa naissance nage dans le malaise, l'angoisse et l’incertitude ; il s’étiole. Demain, il sait qu’il devra prendre l’avion dominical pour se rendre à Los Angeles pour une mission de la plus haute importance que lui a confié l’entreprise de fabrication de lampe pigeon qui l’a embauchée il y a un ou deux mois. Synonyme de promotion à un poste intensément plus important associé à une augmentation de salaire considérable, Philippe hésite pourtant à partir ; même si il convient que ceci compromettrait avec certitude son avenir au sein de l’entreprise. Incapable de contrôler son appréhension poussée à l’extrême, Philippe tombait comme la nuit, mais lui dans l’alcool. Seulement, Philippe ne supportait pas l’alcool ; ironie du sort, il ne pouvait faire autrement, c’était la seule façon pour lui d’oublier.

     Et puis, il y avait Jennifer, sa femme, qu’il ne pouvait regarder sans avoir envie de la frapper violemment ; cette grosse conne au sourire béant et béat faisait déteindre son inquiétude démesurée sur une haine incontrôlée. Alors pour oublier, il buvait. Ajoutant à l’alcool qu’il ingurgitait avec rage des injections de morphine incessantes il transformait l’être humain qu’il était en une ambulance du tour de France. Puis la nuit s’éclipsa, laissant sa place à l’aurore et à la rosée matinale. Philippe se rendit à l’aéroport chiant sur lui ; il se vidait de ces tensions pulsionnelles qui nimbaient tragiquement le débris qu’il était devenu. Et c’est ainsi que tremblant de toute part dans son corps en charpie il montait avec difficulté et exténuation les marches schizophrènes de la rampe, qui semblaient l’insulté au plus profond de son âme, le menant à l’avion qu’il s’apprêtait à prendre. Ce jour là, le soleil rayonnait déjà, mais on s’en fout. Dans un élan de désintégration ascensionnelle, l’avion décolla.

     Malade comme un chien, il vomissait son alcool et sa haine dans les water-closets inutilisables après de telles allégories. Se calmant d’un seul coup, il s’en allait regagner sa place avant que la faiblesse de l'hominidé le fasse retomber les catafalques de l’effroi le plus total ; crachant de nerveuses larmes de détresse, ses bras lançaient des s.o.s. Car en effet, si il appréhendait tant ce voyage, ce n’était pas parce qu’il avait le mal de l’air ou une quelconque phobie de l’avion qu’il avait pris tant de fois, non, si il était si angoissé par se voyage, se n’était pas non plus parce que son frère était mort sur le choc la semaine dernière à la suite d’une longue agonie sur un vol similaire. Non, si il était tant souffrant, ce n’était pas non plus à cause de sa fille que sa femme avait tuée il y a deux jours, non ; en vérité, si il était dans un tel état d’agonie, c’est parce qu’il savait pertinemment qu’il allait rater Téléfoot, et ça, il ne supportait pas.

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Publié dans Nouvelles enivrées

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