Louis Vidal, nous voilà ! - De Clovis à Sarkozy (3/10)

Publié le par Jovialovitch


13.

 

NEKUIA – 3/10

Boutons les engliches hors de France !

 

      La lune était haute. Et Louis Vidal s’avançait : sûr de lui, plus proche à chaque pas. La mort et le néant. La fin de tout, l’oubli. Nuit sans rêve, sans fin. Sans lune. Et Charlemagne, et Clovis, étaient là, graves, qui l’aspiraient dans la mort. Voici la fin du monde. Le plus français de tous les hommes, disparaissant… à jamais, dans l’alcôve noirâtre d’une mort cendrée de silence ; dernier souffle, agonie… Dernier pas et… « Malheureux !... ne fait dont pas ça ! » Une nouvelle âme surgit des ténèbres : et repousse en arrière le pauvre Louis Vidal ! « Acre Vin dieu, qu’est-ce dont que t’allais pas nous faire ? » s’écriait-elle, stupéfaite et tragique. Et Louis Vidal qui ne comprenait rien, étonné d’être encore debout… Et Charlemagne qui s’esbroufait de colère… et Clovis, abasourdi, blême et tout ce qui s’en suit… « Mais vous allez pas bien vous autres ?... De le faire se tuer, comme ça !... Rutilant tout qu’il est ! Fol dingo, t’y pas ? » Et Charlemagne décontenancé ; et Clovis au bord des larme. « Mais qui es-tu, toi, l’insane échevelée, qui vient de faire éviter son juste châtiment au fossoyeur de la plus glorieuse nation d’Europe et du monde et de tout l’univers ? » Et le jeune fille de répondre en bombant sa frêle poitrine de donzelle citronnée : « Tagada, tagada, j’éperonne rudement, moi môssieur ! J’y suis point de la dernière pluie, moi, monseigneur dodu la guigne : majesté de supplique, ciseau de tailleur en sus !... » Et Louis Vidal qui ne savait plus s’il était mort ou vivant, ou quoi d’autre encore ?... et Charlemagne qui essayait d’en placer une sous le feu roulant des paroles que déversait passionnément la morte jeune fille : « Qu’est-ce qui t’arrives, t’y donc ? Avec ta couronne… Diadème-moumoute, oui !... Veux-tu que je te dise : qu’y j’en suis alors, hein  ?... Sacré la margoulette : je te le donne en mille, toi le méromachin, et toi le carobidule, et toi le suicidaire bringuebalant tout poil en Craven A : j’en suis la Pucelle, pardi ! Vi vi ! J’affirme en coq, et pas n’importe laquelle : celle de cette bonne ville d’Orléans ! Parfaitement ! Ah ! Je suis Jeanne, messieurs de la démence : la merveilleuse Jeanne ! Oui, vous avez bien entendu, messieurs de la gélatine ! J’ai bouloché mollusque dans ma courte vivace !... Et plus que vous, là les deux barbus, coccoloba !... Je ne me suis pas donné la peine de naître, moi : j’ai dû les virer toute seule les engliches !... J’ai fait plus pour la Françoise que vous trois réunis ! Bing !... » Et Charlemagne : « Mais tout de même, permettez-moi de… » « T’occupe, le carnavaleux… et pop pop ! J’ai dit !... Fallait voir, l’état du pays, à l’époque ! C’était-y pas un sacré bordel !... a crever de rire ! J’y dis ! Ignoble ! C’était pas un pays : un champ de ruine, à pété la lorgne, la peste et tout ! Et les pestiférés, pouah !... une horreur ! A chier, bande à cul ! Pire que Rutebeuf, la France !... Et dis, j’y ai des voix, moi ! Saint-michel qu’il est venu, qu’il m’a dit, là, comme ça : toi là, la mignonne, avec les frites, vas-y donc la libérer la France ! Et j’y suis allé, et hop, en deux temps trois mouvements, z’en avez plein le poster de flèches et de sabres, les rosbifs ! Une hécatombe !... J’en étais toute glorieuse !... Ah, on les a bien boutés, les pitres ! Fastoches ! Bloublou ! Ah ! Une bombance, à crever, je confirme ! Ouais mon général ! Pis, après, le Sacre, et tout ! Qu’est-ce qu’on s’est marré ! Ah !... Rien que d’y repenser, j’en ai des ébariaudes !... Vous deux-là, avec vos sourcilles, pouah : vous avez crée un Etat, tout au plus ! Mais moi, vin  dieu, avec le diamant d’entre mes fesses, bien conservé : j’ai bâti une nation !... un peuple ! Ouais ! Une nation, parfaitement !... Elle s’est élevée sur mon dos : la France ! J’y dis pas pour le Royaume, ou la République, ou l’Empire ou J’sais pas quoi ! Non… j’y dis la France ! Elle est née derrière mon étendard !... Et elle est née alors qu’elle agonisait, la France, sous les coups des insulaires belligérants la balafre ! Boustifaille au cornillon !... Quand il n’y avait plus d’espoir ! Elle né dans la fureur et dans le bruit centenaire !... Elle est née, quand on voulait l’écraser et lui faire bouffer poussière et boue plus bas que terre ! Et elle devenue la plus grande nation du monde, à ce moment précis : dans le gras  brasier de ma condamnation à mort ! Boum, le brûlé, le feu ! Le cardinal Cochon la flamiche ! Tout ça, la France ! C’est mon bûcher !... c’est là qu’elle a prit conscience de son existence, totalement, définitivement, absolument ! J’y dis !... nom d’un cul de canard ! J’y dis, et j’y signe sur le doigt de ma sœur ! J’y dis et redis ! J’y m’appelle ; Jeanne d’arc !... Pitrerie la nouille que j’y suis la mère à la France… ça non : sûr que c’est madame la vaticane, pas de doute : c’est romain tout cuit, le postillon l’a bien dit, que oui que oui, boum ! Badaboum ! Mais si j’y suis pas la mère, j’y suis la nourrice, acré vin dieu ! Oué, l’idole quoi ! C’est moi ! Sa Fanette ! Dans le feu, elle est devenue elle-même, la France, dans mon bûcher, j’vous dis, dans mon bûcher !... Alors quand je te vois Louis Vidal, qui veux te tuer, je me marre, et je t’en empêche : avec la France, y’a toujours de l’espoir !... Regarde, une jeune pucelle de 16 ans l’a sauvé au milieu du Moyen-âge ! hé ! Alors un beau jules comme t’es ! Dis, soyons sérieux ! Pis regarde, là-bas au loin, vers la place de l’Etoile, c’est-y pas l’Arc de Triomphe qui brille de mille fringales ! Que si ! Que si ! Que je confirme ! Et tant que ça brûle, c’est que y’a de l’espoir ! C’est mon bûcher à moi qui brûle encore ! Si ! Alors, Louis Vidal, sauve-là, oui, sauve-là, la France !...  La France, c’est une idée qui n’arrête pas de brûler !... qui brûle encore, et encore… et qui t’attend !  »  

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