Le Bituron, séducteur de ces dames (Chant XIV)

Publié le par Jovialovitch


 

9.


     Quand Aïdigalayou ouvrit les yeux il ne sut d'abord qui il état puis où il était ; une délicate clarté pénétrait la pièce mais rien ne laissait croire que le soleil était déjà sorti de ses brumes maternelles. Il eut un bref sursaut car il s'aperçut que Le Bituron trônait fièrement, pareil à une royale statut à ses cotés devant son lit. Réveillez-vous ! Voyez, c'est l'heure ! Mettez ces quelques habits et suivez-moi. Aïdigalayou s'exécuta avec rapidité et son ombre suivit à travers les immenses galeries du manoir bituronesque, l'ombre de son hôte illustre. Le Bituron n'avait cesse de presser Aïdigalayou qui entendait encore ces cloches au loin, ces doux tintements sur lesquels il s' était laissé aller la veille à une paisible mort ; les deux hommes sortirent et folâtraient gaiement à travers la nature qu'ils domptaient de leurs chants printaniers et de leurs courses impétueuses, minuscules devant le grand commencement de la journée toute encore recouverte par la légère pâleur de la nuit s'évadant. Ils eurent tôt fait d'atteindre la ville comblée par la quiétude ; mais voilà que se préparaient les divines aubades, plus douces encore que le silence et la nuit.

     Le Bituron conduisit Aïdigalayou sous les fenêtres des jeunes filles et, armée d'une glorieuse cithare, il chantait amoureusement, ayant en tête tout son passé vénitien. Aïdigalayou, frappé par la grâce de ce spectacle qu'il avait milles fois lu dans les romans, se mit à chanter à son tour, vénérant l'aurore débordante qui luisait sur son teint rose de jeune fille, et sur son sourire singulier.

     C'est ainsi qu'ils parcouraient la ville renaissante, tels deux païens, sacrifiant leur exaltation à la gloire des dieux dansants aux sommets du Pic de la Gaudriole. Ils avaient été sous l'influence de Bacchus, ils étaient maintenant sous l'influence de Jovial, qui les entraînait, le fourbe de son cruel rire dans la perdition la plus grande, dans les dangers les plus inconsidérés ; ils imposaient à la ville entière leur domination, non sans provoquer la haine et l'incompréhension de la foule indignée par un semblable spectacle. « Ne vous inquiétez pas, hurlait Le Bituron qui accostait chacune des jeunes femmes qu'il criblait d'amour, ne vous inquiétez pas, nous ignorons l'échec, nous autres dont les pas sont guidés par Jovial ! Et vous aussi mesdames, car je vous aime toute ! » Et la foule de se soulever encore davantage, ignorant tout de Jovial ! Le Bituron, heureux de braver l'opinion était l'homme le plus insolent que la terre portait en ce jour, et devant la haine du peuple qui le révoltait, il hurlait : « Vous ne m'aimez pas, et bien je ne vous aime pas non plus ! » et il partait à rire comme un beau diable.



10.

 

     Aïdigalayou avait jusqu'au bout suivit Le Bituron ; et les voilà qu'ils arrivèrent devant cette façade noire qui avait jadis frappé Aïdigalayou et où il était annoncé en exergue L'Étrange rendez-vous ; là, Le Bituron exposa le secret de sa vie : « Un exploit par jour ! » disait-il fièrement. Mais la journée était déjà fort avancée et il y avait ce soir-là une chose que Le Bituron ne voulait pour rien au monde manquer ; c'eut été si fâcheux, si douloureux. On jouait ce soir-là l'opéra qui avait marqué toute sa jeunesse passée dans les loges fastueuses du fabuleux théâtre de Venise ; on jouait Il Biturono ! L'opéra de Karl Schtroumpf, avec La Castelli, avec La Berezina ; dirigé par Thierry Vaysse ; Il Biturono ! « Maintenant préparez-vous à la plus superbe perfection, préparez-vous à entendre la musique fait sueur, la voix fait sang, le Jovial fait larmes ; je vous promets de la sueur, du sang et des larmes. » et il sautillait encore à la musique qui déjà résonnait dans la tête du signore Il Biturono.

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Publié dans Carpatisme(s)

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P
je profite du fait que je suis (enfin) en train de regarder du isaac levitan (un jour j'inventerai un machine à inventer le temps, si j'ai le temps!) pour vous en réaffirmer mon émoi! ha que je trouve sabot!
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P
je vous en remercie... ce tableau possède une réalité qui me conforte dans l'idée qu'il faut être cruel envers ses propres sens, s'écraser de sensation jusqu'à rencontrer de tels instants...
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P
ha heu! j'ai toujours oublié de vous dire: vous pourriez mettre les références des tableaux à l'avenir? moi ça m'accroîtrait la culture... et là par exemple je veux bien savoir qui a peint cette eau...
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J
<br /> Pour votre gouverne, il s'agit d'un peintre russe Isaac Levitan<br /> <br /> <br />
P
je serais curieux d'entendre ces airs... à quand un récital? (castelli [y] a-t-il?)
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