Louis Vidal, nous voilà ! - Nekuia

Publié le par Jovialovitch


 

12.

 

     Le Soldat Inconnu était masqué par l’ombre que dessinait sur lui la lumière, et son visage et son corps ne formaient devant les flammes qu’une ténébreuse silhouette ;  Louis Vidal, terrifié et fasciné, croyait voir venir à lui quelque divin olympien, taillé d’albâtre et d’airain. Il en tremblait. Les pavés humides flamboyaient de jaune et de rouge sous les feux de l’Arc, fulminant dans son triomphal brasier, tandis que l’ombre du Soldat se reflétaient dans chacun d’eux. Louis Vidal s’oubliait tout entier dans la contemplation. C’est alors que le Soldat, s’arrêtant soudainement, dit à notre héros : « Salut à toi, noble français, mon semblable, mon frère ! Ah !... la France va bien mal, mon jeune ami ; pis encore, elle est morte. Et par ta faute ! Louis Vidal, qu’as-tu fait ? Pourquoi cet exil vers le Soleil du Vatican ? Le soleil de la France ne te suffisait-il pas ? Pourquoi cette trahison ? Ô Louis Vidal, tu étais pourtant l’espoir de la France, son amour et sa joie ; tu étais le plus français de tous les hommes… et tu es parti. » Le cœur de Louis Vidal éclata, et pleurant sur les pavés délavés de Paris, il n’avait plus la force de vivre, écrasé par la douleur et la honte, la souffrance et l’absurde ; il ne voulait plus voir le soleil. Une blessure mortelle traversait son âme. « Triste spectacle que le tien en effet, Louis Vidal, français parmi les hommes, reprenait le Soldat Inconnu. Ai-je ainsi pleuré, moi, lorsqu’au champ d’honneur, il m’a fallu répondre à l’appel de la Patrie, et me jeter sans espoir dans les bras de l’ennemi teuton ? Ai-je pleuré lorsqu’une balle tudesque a transpercé mon corps, à Verdun, et que la mort a emporté mon nom dans les limbes de l’oubli ? Non, je suis resté digne, je suis resté droit : je suis resté Français !... » En entendant ces mots, Louis Vidal cessa soudain ses pleurs, et il releva la tête. « Relève-toi, Louis Vidal, relève-toi ! Je t’en prie ! Toi seul peux encore changer le cours de l’histoire !... toi seul, Louis Vidal !... » Et Louis Vidal se relevait, ravalant ses sanglot, et bombant un peu le torse. « Louis Vidal, la France agonise !... La France se meurt ! Depuis longtemps, j’entends mourir et remourir son chant lointain ; oui, je la sens qui s’éloigne, je la sais qui nous quitte !... La pauvre ! » Et le Soldat inconnu semblait se courber ; alors, Louis Vidal s’approcha, mais la silhouette l’arrêta : « N’approche pas, malheureux !... je t’en prie !... Contentes-toi de me suivre, ô Louis Vidal !... car là, où je t’emmène, tout va se jouer ! » Alors, il marcha, et Louis Vidal le suivit, plein d’appréhension. Ils s’éloignèrent de l’immense flamme de l’Arc de Triomphe, et descendirent les Champs-élysées ; à la Concorde, ils allèrent vers la Seine, où une barque les y attendait. Un dôme de nuit fusain recouvrait tout ; seulement, vers la place de l’étoile, un coin de ciel brûlait, rougeoyant comme l’espoir. Sur la barque, le Soldat inconnu, plongé dans la pénombre, se mit à ramer. Dans les remous, des cadavres apparurent, flottants, sans vie. Louis Vidal était bouleversé, il faillit s’évanouir. « Nous allons vers l’île de la Cité ! » disait l’impassible Soldat Inconnu. Sur les deux rives, comme sur un ruban de mort et de désolation, les grands immeubles haussmanniens défilaient. En ruine. Déjà, la barque arrivait vers l’île. La cathédrale était défigurée. Il accostèrent, et allèrent sur le parvis de Notre-dame. « Il nous faut aller vers le Point Zéro des routes de France. » Et ils y allèrent. Là, il y avait un trou, carré, d’une coudée. Dans cette fosse, ils versèrent tous deux trois types de vin : du Rouge, du Rosé, et du Blanc, respectivement de Bordeaux, de Bourgogne, et des côtes du Rhône. Puis, ils chantèrent la Marseillaise. Alors, des ombres se mirent à grouiller dans la fosse…

Publicité

Publié dans Suite of this

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article