Louis Vidal, nous voilà ! - La Flamme

Publié le par Jovialovitch


 

11.

 

      Une joie muette et immobile paralysait le corps de Louis Vidal ; une vague d’espoir inouïe saisissait son âme. La flamme dansait encore ! La France n’était pas morte. Oui, la France, cela, Louis Vidal, le savait maintenant, la France est éternelle ! Alors, le plus français de tous les hommes se souleva, et se rapprocha avec déférence de cette flamme, comme s’il voulait l’embrasser. Il voulait en entendre les plissements, il voulait en contempler les couleurs chatoyantes, il voulait en respirer la chaleur ! C’était la France tout entière qui brûlait là ses derniers feux, animant cette frêle étincelle avec l’énergie du désespoir et la volonté héroïque de ne pas mourir ! Dans cette flamme : l’ultime substrat de vie d’une Nation prête à s’éteindre, épuisée par l’histoire, mais encore debout, vaillante, en route pour l’éternité. Dans cette flamme : l’espoir, la danse et la vie !

        Mais cette flamme, un souffle pouvait la faire mourir. Louis Vidal s’empressait donc de renforcer ce brin de lumière, soleil en devenir, misérable grain de vie, qui pouvait enrailler toute entière la machine mortifère ! Alors, il entassait sous l’Arc de Triomphe tout ce qui pouvait s'embraser ; il fit une véritable pyramide d’objets inflammable, et cela fonctionna. A force de journaux et de poutres : la flamme devint un feu, le feu devint un brasier, le brasier un incendie. Et Louis Vidal était comme un fou, débordant d’exaltation, scintillant de vigueur, jetant avec frénésie tout et n’importe quoi dans l’immense et triomphal flamboiement. Bientôt les flammes, hautes et superbes, venaient rôtir le dôme sculpté de l’Arc gigantesque, et le monument sacré s’enflammait tout entier, avec ses fiers Napoléons et ses glorieuses sculptures. L’incendie était sublime, il était français. Jamais la flamme éternelle n’avait été aussi grande, aussi haute, aussi puissante. Des flocons d’escarbille voletaient un peu partout, une conflagration de chaleur illuminait toute la place. Celle-ci d’ailleurs scintillait comme une étoile ! Le feu incandescent dardait ses puissants rayons à travers les douze grandes avenues : et la lumière jaillissait comme au zénith d’un soleil qui s’appellerait la France ! Louis Vidal était au comble du bonheur.

          Alors le plus français de tous les hommes se blottit contre les pavés de Paris, couvert de chaleur et de félicité. Et il se laissait aller à la rêverie. La France maintenant était hors de danger : il avait sauvé la Patrie ! Sa joie lui semblait intense, indestructible… et puis soudain, il germa de son esprit comme un doute, en forme de point d’interrogation : « Cela est-il bien certain ? La France était-elle vraiment sauvée ? » Et Louis Vidal se leva, regardant autour de lui, blême de peur et de crainte. La nuit était toujours aussi profonde !... il regarda son feu : celui-ci était toujours aussi fort, tout à fait éblouissant – il devait même se cacher les yeux pour le voir… C’est là qu’il distingua d’entre les flammes, une silhouette, noire, immense, qui sortait d’entre le sol, une silhouette qui venait de dessous la terre… Elle s’approchait, noire, imposante, avec le feu dans le dos. Louis Vidal n’en voyait que la forme, c’était un homme. Le brasier faisait un vacarme puissant. Louis Vidal : « Qui es-tu, toi l’homme qui surgis d’entre les flammes, tel un damné de l’enfer ? » Et la silhouette de répondre : « Je suis le Soldat Inconnu ! »

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P
bonne idée pour la fin, ça fait un peu terminator pour l'instant mais c'est rigolo...
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