Les bévues de Cupidon

Et les deux êtres, tremblants de peur et de joie mélangées, s’approchaient l’un de l’autre, souriants dans l’épanouissement complet de leur beauté ; mon dieu, comme ils étaient beaux, comme ils étaient heureux, comme ils étaient amoureux « Oh, mon bel ami, mon amour, mon chéri ! Comme je t’aime ! Comme je tremble d’amour pour toi ! Une force immense a envahie mon âme, un tourment comme un doux rêve, une volonté qui n’en finit pas, une immense clameur, comme le bruit d’une foule en délire pour l’éternité ! Je sens mon esprit imprégné de ton parfum, je suis ivre de toi, je sais mon cœur qui bat sur la même longueur d’onde que le tien ! Je te sens à moi, et je me sens à toi, ô mon chéri, ô mon bel amour !... Tu me meus comme le Dieu d’Aristote meut le monde ! » Et l’autre de répondre : « Oh, comme cela est gentil, mon amour ! Et il en est de même pour moi : nous sommes épris de passion, absolument, mon miracle ! Tu es le soleil de ma nature ! L’étoile qui vient d’illuminer la nuit sans espoir de ma vie malheureuse ! Je brûle d’amour pour toi ! J’en souffre presque de bonheur ! Ah ! Amour, notre rencontre marque le glas de l’hiver ! Notre solitude vient de s’achever, elle fond comme neige au soleil : et notre amour, né dans les fleurs, va déverser sur nous les effluves rosacées de la passion ! Entends-tu déjà, ô ma joie, les adolescentes du passé, qui renaissent en notre âme pour sacrer notre rencontre ? Je sens en moi refleurir le goût de la vie ! Je voudrais courir pour dépenser un peu de mon énergie dévorante, et la laisser à des oiseaux, sur le chemin ! C’est notre printemps ! Amour, nous y sommes, toi et moi !... et je t’aime… je t’aime comme un homme ne peut pas plus aimer ! » « Certes, tout ce que tu viens de dire est bien vrai ; je bois tes paroles comme du nectar ! Ta beauté ambrosiaque, mon chéri, me fait frémir de joie et de douleur à la fois ! Je voudrais t’embrasser de toutes mes forces ! Je t’aime jusqu’à la déchirure sache-le bien ! Je t’aime tellement que j’en sortirais de moi-même, pour te rejoindre ! Je t'aime à m'en écarteler ! Je voudrais briser nos corps pour unirent nos âmes ! Ah, mon chéri, comme cet amour est immense ; trop grand sans doute, pour nos toutes petites âmes ! » « Ah, ma joie, étoile de ma nature, il me semble que ce que tu dis est bien vrai ! J’ai envie parfois de te serrer si fort dans mes bras, qu’il me semble que je t’étoufferais ! Ah, mon dieu, cela est trop fort ! Je ne puis porter un tel amour ! Je sens mon cœur qui brûle, et il brûle d’autant plus que je sais le tien qui flambe ! Le simple fait de respirer le même air que toi me remplit d’un sentiment si puissant que j’en défaille ! Viens m’embrasser ! » « Oh oui, mon chéri ! » Et il s’embrassaient tout deux, langoureusement, comme des fous, des heures ; ils se dévoraient presque l’un l’autre, brûlants d’assouvir un désir qu’ils ne maîtrisaient plus, et dont ils ne connaissaient ni l’étendue, ni le couronnement. Alors, ils se serraient dans les bras l’un de l’autre. Ils dansaient dans les prés, avec dans la tête la même valse venue du Danube, et les mêmes pulsations !... et l’amour qui les unissait était plus fort que tous les amours de la terre et de l'histoire. Alors, les deux êtres se regardèrent… Et l’un d’eux dit alors : « Eh Jean-Claude, si on baisait, là maintenant, comme des veaux ? » « Ah ouais, quelle bonne idée Raymond ! » Alors, ils s’unirent d’amour, et la vie ne leur en était que plus douce.