Le Patriarche (Chant VIII)

Publié le par Jovialovitch


 

     Maintenant qu'Aïdigalayou avait fuit tout motif de consternation, tandis que la nuit était fort avancée, il s'apprêtait à faire son entrée dans la ville. Seulement, la fatigue l'accablait et il ne se sentait aller plus loin ; il fit quelque pas car il entendait bien résister, mais il s'effondra finalement sur le sol, exténué, et il s'endormit immédiatement, comme un enfant, épousant sans crainte les entrailles de ce monde qui était son lit, et sur lequel il venait de déposer, et son corps, et sa tête, et son âme.

     Quand son œil s'ouvrit l'obscurité semblait inchangée, bien que le regard d'Aïdigalayou perça davantage les ténèbres. Rapidement pourtant, un sursaut de clarté se fit sentir, et il se leva de sa couche où tout le Carpatisme, dans l'empreinte qu'il avait laissé de son corps, était encré dans l'herbe. Debout, il s'aperçut qu'il était au sommet d'une longue colline qu'il voyait s'étendre d'Est en Ouest, qui des deux côtés s'achevaient dans d'innombrables forêts, et qui ressemblait à une immense vague qui pétrifiée, serait devenue pierre. Il s'aperçut qu'il surplombait la ville, elle semblait comme enfouie dans le cratère d'un volcan ; il fut ébloui enfin par l'irruption rouge du soleil naissant à l'horizon qui dardait sa lave lumineuse sur le monde lui-même rougeoyant ; de cette aurore dont il avait eu le délicieux pressentiment en se réveillant, il la voyait s'accomplir devant ses yeux. Aïdigalayou se mit en marche car il devait atteindre la ville avant le soir ; ainsi commençait-il à descendre, en avalanche, tout un pan de la montagne.

     Quand il eut marché cinq heures d'affilée, sans trop guère s'arrêter, il était bientôt midi, et Aïdigalayou vit sur sa gauche une maison, isolée, qui se tenait-là comme un temple et qui fit le rire ; un sanctuaire minuscule où vivait peut-être un grand homme. Il s'approchât du lieu saugrenu qui imposait du reste à la ville, une domination sans pareille, et il demanda qu'on lui ouvre et qu'on lui serve à boire et à manger. Un homme, haut par la taille, le crâne dégarni, reçu aimablement Aïdigalayou qui fit un festin et en apprit plus long sur son aimable hôte : Ami de la solitude, c'est par sa grande sagesse et sa vaste érudition qu'il apparaissait comme l'homme le plus avisé de son temps, et était naturellement devenu Patriarche en ces lieux. Sa fantaisie n'avait d'égal que son malheur car il aimait à répété que « sa vie était un effroyable échec », pourtant Aïdigalayou avait pris ce pontife au pessimisme torride en sympathie car il admirait le cynisme des esprits-libres.

     Certes le dessein d'Aïdigalayou était d'entrer dans la ville avant la nuit, pourtant il ne put s'empêcher, voyant qu'il était en bonne compagnie, aux côtés de cet homme d'honneur, vivant dans une solitude réjouissante, tels ces présocratiques qui préféraient encore la solitude à la bêtise humaine, il ne put donc s'empêcher d'engager la conversation : « Que savez-vous des hommes vers lesquels je vais ? » Et lui : « Ils sont sympathiques. » « Sympathiques ? » « Oui...affublés d'une bêtise immense ! » Aïdigalayou en vérité ne le savait que trop et il pouffa quand il eut entendu l'ironie fallacieuse du sacro-saint Patriarche ; « Eh bien maintenant, indiquez-moi ma route car le devoir m'appelle. » Et le Patriarche : « Ainsi vous vous apprêtez à entrer là-dedans, alors, si vous en êtes bien sûr, si vous décidez de vous y jeter corps et âme, si vous choisissez de ne plus faire demi-tour, alors je dois vous mettre en garde car en allant là où vous allez, il vous faudra abandonner toute espérance ; d'ailleurs qui y est déjà entré n'en n'est jamais revenu. » Et il indiqua à Aïdigalayou sa route, après quoi ce dernier s'apprêtât à partir, seulement, il ne put résister à énoncer au Patriarche son projet fou d'enseigner aux hommes le Carpatisme, ce à quoi le Patriarche répondit majestueusement : « Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin ! » et il partit en pleurant.

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Publié dans Carpatisme(s)

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P
arf! encore une queue de poisson! <br /> attention cependant, je vois encore des temps qui ne vont pas ensemble "Quand il eut marché cinq heures d'affilée, sans trop guère s'arrêter, il était bientôt midi, et Aïdigalayou vit sur sa gauche une maison, isolée"<br /> <br /> plus-que-parfait→imparfait→passé simple? là ça cloche carrément vous trouvez pas?<br /> <br /> et puis, ce doit être l'heure, ce pourquoi je vous excuse... vous abusez des relatifs... redondance du sujet n'amène rien de bon, des "qui" en pagaille et on se demande surtout "quoi?"... m'enfin... ouais, faut continuer à bosser...
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