Louis Vidal, nous voilà ! - La Valse

Publié le par Jovialovitch

     

8.

 

 

      « Vous ?! Louis XIV et Platon ?... » s’exclama Louis Vidal. « Oui… Nous ! » répondirent-ils, avec cette certitude profonde qui fait les grands hommes : « Nous sommes venus t’aider, Louis Vidal… nous sommes venus te sortir de là, français ! » Ici, Louis XIV s’avança vers notre héros, et c’était avec compassion. Le Roi mit sa main droite sur l’épaule de Louis Vidal, et lui tint à peu près ce langage : « Monseigneur Vidal, j’ai forgé la nation qui vous inspire moult amour et vous cause moult douleur ; j’ai été le plus grand de tous les françois, quand vous êtes le plus françois de tous les hommes. Vous êtes mon homonyme quand je suis votre ami ! » Alors sa Majesté recula d’un pas, et tira de sa royale exaltation cette impérieuse demande : « Monseigneur Vidal… Dans mes bras ! » Et les deux hommes s’engagèrent dans une étreinte comme le monde n’en avait pas connu depuis des temps immémoriaux, et comme seule la France était capable de lui en offrir.

      Louis XIV et Louis Vidal se tournèrent ensuite vers Platon. Celui-ci était ravi du beau spectacle qu’il voyait là, et c’est en ces termes élogieux qu’il complimenta Louis XIV: « En plus d’être le seul roi-soleil, majesté, il me semble que vous êtes aussi le premier roi-philosophe ! » Flatté, Louis XIV n’en oublia pas pour autant la raison de leur présence ici : « Platon et Moi-même sommes venus vous aider, bel ami. Voyez-vous, personne au monde ne connaît mieux que moi la psychologie de la France ; adonc, je ne suis pas surpris de voir l’horizon françois s’enfuir à votre approche. Cela peut durer encore longtemps ; mais je sais comment en finir ! »

       Et Platon s’avança vers Louis Vidal, et dit soudainement, avec une fière étoile dans le regard : « Mon ami, si tu es ici, dans cette vallée déserte et désolée, c’est parce que les longues années passées avec l’Eglise ont détourné ton être de la vie, et l’ont plongé dans un exercice de mort où l’amour s’est éteint : tu as par trop longtemps regarder le ciel, au point d’en oublier la Terre ! » Une musique étrange montait de derrière les collines alentours. « Tu t’es par trop élevé, Louis Vidal ! Il te faut t’en retourner dans la Caverne, dans le Vrai monde, où se trouve celle que tu aimes : il te faut revenir à la vie et être un homme à nouveau, pour être digne de marcher encore sur le beau sol de France ! Pour être digne d’aimer et d’être aimé ! » 

       Et la musique se faisait plus forte, et le tempo plus presto et encore plus presto !… Et Louis XIV commençait à sautiller, et Platon se mettait à danser… Et sentant sa vie passée et future lui peser sur les épaules, Louis Vidal s’exclamait : « Mais comment revenir à la vie, grand Platon, comment sortir du ciel et revenir sur terre ? Comment m’en revenir dans le Vrai monde !? Comment redevenir un homme : être digne d’aimer et d’être aimé !? Comment faire pour naître une seconde fois ? Comment me libérer, Platon, moi qui suis un mort encore vivant ! Comment ? » Et la musique explosait, et plus rien en s’entendait, et les notes s’affirmaient plus fortes à chaque fois : « Danse ! Met ton corps en mouvement, qu’il prenne le dessus sur ton âme pour ne faire plus qu’un avec elle… qu’il s’emporte lui-même dans la folie de ses propres gestes : Danse ! Danse, comme Dionysos : jusqu'au bout de la nuit ! » 

        Et la musique était pleine et total, et rien ne semblait pouvoir l’arrêter : et Louis XIV vint prendre Louis Vidal par la main, et tous les trois, avec le divin Platon, il dansèrent, tournoyants dans l’espace et le temps, dans une folle et constante métamorphose ! « C’est pour les vivants ! » Et Louis Vidal se libérait de tous ses affects, et il embrassait le rythme, et ses muscles devenaient ses sens, et il s’oubliait totalement, Jovial, dans un joie qui le portait au-delà de lui-même ; et il suait, et ils hurlaient ; il sentait en lui revenir la vie, et il était heureux, il explosait, oui, il explosait : et c’est ça, être vivant, c’est exploser, pensait-il ; tout était intense, et sa tête, ses jambes, ses bras et ses pieds, tout allait dans le folie, et il n’en pouvait plus, il brûlait, il s’enflammait… et Platon pleurait de le voir, et il hurlait sans cesse : « Incipit Zarathoustra ! » Louis XIV riait dans ses bras… C’était une valse qu’ils écoutaient ; un valse qui tournait partout, sans arrêt, une valse du plus haut degré : une valse à mille temps !

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