Mon réveillon chez Charles Tricon

Publié le par Jovialovitch

    
     J’ai dis oui, mon Dieu. J’ai dis oui. Mon réveillon chez Charles Tricon ; j’ai dis oui.

    Ah ! Quelle faiblesse ! Quelle erreur ! Bon Dieu… Il est temps d’y aller ; je vais marcher, je vais y aller. J’ai pas envie, bon Dieu ; j’veux pas y aller, chez Charles Tricon, pour le réveillon ; on ne sera que deux, chez lui ; tous seuls ; tous les deux. Vivement minuit ; vivement demain !

     Je sors. J’y vais, maintenant ; il m’attend, Charles Tricon ; je suis en retard, déjà ; il habite pas loin, tout proche, à côté de chez moi, Charles Tricon, à deux pas, à peine, là tout près, pas loin.

     J’y suis. Y’a du brouillard, ce soir ; on y voit pas à deux pas ; on entend juste les gens qui rient, derrière leur fenêtre. Faut que je sonne, chez Charles Tricon ; faut que je sonne. Et si je retournai chez moi ? Si je l’appelai pour lui dire que j’ai un empêchement, de dernière minute ? Non, j’peux pas ; il va s’en rendre compte, Charles Tricon; il le croira pas. Faut que je sonne.

      Je sonne. A l’interphone ; d’un petit doigté. Voilà, ses chiens se mettent à aboyer, là-haut. Ça a sonné ; chez Charles Tricon ; il décroche l’interphone ; m’ouvre la porte ; appuie longtemps.

      J’ouvre. Je vais dans l’ascenseur. Il habite au cinquième, Charles Tricon ; au dernier. Les portes coulissent ; ça monte ; je me regarde dans le miroir de l’ascenseur ; tout est jaune à l’intérieur ; tout est jaune. Un tintement. Les portes coulissent ; nous y sommes, déjà ; au dernier. Oh ! Deux chiens jaillissent sur moi en aboyant,  méchamment. C'est que, chez Charles Tricon, même les chiens sont malheureux.  

      Je rentre. Charles Tricon est là, qui me sourit ; je lui serre la pince ; je lui dis comment tu vas ? Je rigole, un peu, comme ça ; il est penaud, Charles Tricon, dans son couloir. Avec son appareil, tout moderne, il a préparé un bon tas de petites crêpes ; un peu comme lui ; un peu petite, mais bien épaisses. Y’en a des tas, dans une assiette, avec des verres, du chocolat, et la télé, qu’est allumée.

       Je m’assieds. Il s’assied, aussi, en face de moi ; il me dit pour les crêpes : tu mets du chocolat, du blanc du noir, ou bien du sucre, ou bien du jambon. Il me propose des alcools dont il ne connaît pas le nom, ni la couleur. Il me propose de regarder le bêtisier de l’année, sur la première chaîne.

        Je mange. Les crêpes de Charles Tricon, les crêpes. Je mange, avec la confiture de châtaigne à la vanille ; c’est pas très bon ; enfin, je trouve. Il me parle pas, Charles Tricon, il me dit rien bon dieu ; y’a que les chiens, les deux, le jeune le vieux, qui se parlent encore, avec leur aboiements, méchants, qui leur font peur à eux-mêmes, les chiens. C’est terrible, bon dieu. Mon réveillon, chez Charles Tricon.

        Je voudrais lui dire, que je veux partir ; mais minuit ne vient pas ; l’année qui agonise, et qui n’en finit pas. Je lance parfois, à bribe de pourquoi, des questions dans le vent ; il ne me répond pas, Charles Tricon; le temps qui tant s’allonge éloigne les douze coups ; et, l’échafaud mon Dieu ne tombera dont pas...

        Je voudrais partir, et être seul enfin ; là où mon silence ne sera plus un poids, qui des unes et des autres écarte les secondes. Je voudrais attendre sans m’ennuyer, et avoir le rien sans avoir rien demander : je voudrais être seul, dans la nuit la dernière ; dans l’année, la nouvelle : seul !  

        Je suis parti dès minuit sonné ; j’ai dit tout ce qu’il fallait dire, et je suis rentré. Et je sais que l’année prochaine, je ne viendrai pas, chez Charles Tricon, pour le réveillon ! A moins, oui, à moins que Charles Tricon m’appelle, et qu’une fois nouvelle, j’ai la faiblesse de dire oui… et que je passe alors ; mon réveillon chez Charles Tricon !

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Publié dans Journaux intimes

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M
Salauuuuuuud !!! XD<br /> L'année prochaine, ce sera des pizzas !!
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B
Malheur à moi ! j'ai raté ça !
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M
je m'exuse mon trés chére tt ceci es de ma faute j'en assume les conséquences et suis fortement remmmplie de peine et de mélancolie outrageusement incompatible avec le vide de mon éxistence
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